서울/도쿄, 불가능한 비교 (Séoul/Tokyo, l’impossible comparaison)

Seoul panel

Je me lance donc dans une exploration de 4 jours de la capitale sud-coréenne, en deux temps.

Seoul street

Le centre-ville est assez polymorphe : on croise tantôt des ensembles un rien chaotique de petites échoppes qui ont souvent articles et fournitures étalés sur le trottoir…

Seoul building.JPG

et quelques centaines de mètres plus loin arriver au pied de gratte-ciel dernier cri.

Seoul Jongno a

En cela, la Jongmyo tower en particulier ne manque pas de style.

Seoul Sejong

La route nous amène devant l’illustre roi Sejong, dont la règne éclatant lui vaut une célébrité et un attachement particulier de la part des coréens à travers les siècles.

Seoul Sejong 3

Le musée le concernant (situé sous la statue!) nous en dit plus. Sejong gouverne de 1418 à 1450 pendant la dynastie Joseon. Il est profondément confucéen : les aînés seront invités aux repas publics quelle que soit leur condition sociale, les administrés pourront contester et recevoir réparation sur les abus des dirigeants locaux, il ouvre la voie vers une fiscalité agraire plus juste… L’action de Sejong va vers davantage d’harmonie dans la société.

Seoul hangul

Mais son fait le plus marquant reste l’invention du 한굴 (hangul), l’alphabet coréen utilisé de nos jours et dont les composantes sont gravées sur le côté de la statue. En 1443, Sejong préside à la création des 훈민정음 (hunmin jeongum), littéralement « les sons justes pour instruire le peuple ». Avant le 15e siècle, l’écrit était réalisé en idéogrammes chinois, et seule une minorité aisée avait accès à une telle éducation. En promulguant les 28 caractères du 한굴 et le guide qui va avec en 1446, Sejong fait reculer l’illettrisme, réduit encore les inégalités et crée un socle pour la nation coréenne.

Seoul Geogbukgung

Un peu plus loin se trouve le Geongbokgung, le palais le plus prisé de la capitale sud-coréenne. Celui-ci fut terminé au début de l’ère Joseon, en 1395. Etant positionné entre les mont Bugak et Nam, les géomanciens en conclurent que l’endroit était parfait.

Symbole du pouvoir Joseon pendant près de 200 ans, le Geongbokgung connaît ses premiers déboires avec l’invasion Japonaise menée par Hideyoshi en 1592. La plupart des monuments sont rasés et le Geongbokgung doit attendre 1867 pour renaître, pour être une nouvelle fois démantelé au début du 20e siècle par les forces d’occupation japonaises qui y installent leur quartier général. Ce bâtiment ne sera supprimé que longtemps après la fin de la guerre, en 1997, date à partir de laquelle la zone est progressivement rénovée pour retrouver sa splendeur d’antan.

Seoul Geogbukgung path

La particularité intéressante du Geongbokgung est qu’il est très étendu et compte de très nombreuses portes et non moins de passages. On ne s’est jamais autant cru dans un donjon de RPG!

Seoul Geogbukgung pavillion

Son pavillon est la plus grande structure surélevée de ce type en Corée. Il servait pour les banquets officiels et les promenades en bateau.

Seoul Yongsan

Plusieurs sources indiques que Yongsan est l’équivalent de Akihabara à Seoul. C’est donc pour moi une destination prioritaire, même si d’entrée, l’endroit n’est pas franchement sexy.

La surprise est de taille : il n’y a absolument personne hormis les vendeurs penchés sur leur téléphone, leur PC portable ou du retro-gaming dans l’espoir vain de voir venir le chaland.

Seoul Yongsan 2

Il y a bien une boutique Playstation officielle toute neuve et riche en nouveautés, mais là encore ça ne se bouscule pas au portillon…

Malgré la relative atonie du lieu, on note encore une forte présence de la PSVita envers et contre tout : la portable de Sony et ses jeux bénéficient d’une bonne exposition dans presque toutes les échoppes.

Seoul Yongsan 6

L’allée principale est peu plus vivante, car on y croise quelques badauds et de nombreux produits récents (Senran Kagura Peach Beach Splash, la Switch ou encore Accel World vs Sword Art Online).

Seoul Yongsan 7

Reste que l’offre je jeu vidéo à Yongsan est quelque peu désorganisée. Dans l’allée en question, des dizaines de très petits stands se font concurrence en mélangeant un peu tout. On retrouve ainsi des jeux Super Nintendo ou Saturn devant les derniers jeux PS4 empilés bêtement. Les vendeurs surprennent aussi : c’est assez amusant de voir des coréennes de 50 ans vous vendre les derniers Neptunia!

Seoul Yongsan PSP

Mais la médaille d’or de l’ahurissement est à attribuer aux vieux jeux PSP jaunis qui trônent toujours dans la vitrine à l’entrée!!!

Seoul Yongsan 8

Je ne dirais pas que la Corée est à la masse question jeu vidéo, puisqu’elle propose bien les nouveautés avec relativement peu d’écart avec le Japon, mais on sent que le marché global est plutôt petit et que du coup il y a encore pas mal d’improvisation dans le façon de vendre (une impression de « marché aux puces »). Les Coréens étant probablement nettement plus dans la mouvance smartphone/PC, le jeu console devient l’affaire d’une minorité de passionnés très bien informés venant tous le jour de sortie des titres. Du coup, on n’a pas l’organisation bien compartimentée des micromania ou des magasins japonais, ni la folie du merchandising qui fait des ravages sur l’archipel. C’est clairement moins enthousiasmant, mais il y a comme une impression de proximité assez chaleureuse.

Seoul Namsan

Le jour suivant vient le moment de faire un peu de sport. Le mont Nam, ou 남산 nous attends avec son parc et la tour de Séoul.

Seoul Namsan 1

Le parc Namsan présente quelques grandes figures de l’histoire Coréenne comme Lee Si Yong, résistant émérite qui contribua a fonder des groupes agissant contre l’occupation japonaise, ainsi que le gouvernement provisoire de la République de Corée à Shangai. EN 1948, après la guerre, il est élu premier vice-président de la République de Corée.

Seoul Namsan 9

La tour a pas l’air spécialement tout près. Je le sens assez mal, ce coup-là… Pourquoi ont-ils refait la tour de Tokyo à côté, du reste ?

Seoul Namsan 3

Effectivement, quelques centaines de mètres et déjà de nombreuses pauses plus loin, je vois qu’il reste plus d’une borne à faire.

Seoul Namsan 4

Une borne constituée entièrement d’escaliers qui montent franchement. Et par ailleurs, c’est pas la journée la plus froide… A mi-chemin, la vue sur le centre est déjà saisissante.

Seoul Namsan 2

Chose amusante, la Corée dispose de salles de musculation en plein air. Les personnes âgées s’adonnent à l’exercice physique avec entrain. Une bonne opportunité donnée à ceux qui n’ont pas forcément les moyens de s’abonner à une salle de gym.

Seoul Namsan 5

Je ne suis plus très loin. A ce stade, la fatigue est considérable et je n’arrive quasiment à me relever du banc.

Seoul Namsan 6

Nous voici enfin au pied de cette satané structure! La tour fait 237 mètres de hauteur, et est à 480 mètres au-dessus du niveau de la mer si on ajoute l’altitude du 남산, sur lequel elle est perchée (243m). Construite en 1969 comme tour de télévision, elle n’est ouverte au public qu’en 1980 et sera rénovée progressivement pour atteindre son état actuel.

Seoul Namsan t

La vue de la ville est donc particulièrement grisante, surtout que je peux voir le point d’où je suis parti 1h30 auparavant.

Seoul Namsan 7

Le panorama est aussi assez instructif sur la morphologie de la capitale coréenne. Il y a certes de grands ensembles, mais tout le centre n’est pas hérissé de buildings. La croissance économique étant plus récente qu’à Tokyo ou à New York, certains quartiers gardent un aspect et une ambiance assez modeste d’avant la 3e révolution industrielle.

Seoul Namsan 8

L’intérieur de la tour est franchement moyen. Pas de tampon (scandaleux!) et des tables & tabourets de jardin en guise de bar. On est loin du confort grand luxe de Sapporo.

Seoul gate

Après un descente 2 fois moins longue mais aussi fatigante pour les jambes, je fais un crochet par le 숭례문 (sungnyemun) qui malgré sont aspect simple est le trésor national n°1 en Corée du Sud. La porte sud du Séoul médiéval est érigée en 1398 et subit trois fois dommages majeurs dans l’histoire : la 1ere fois en 1907 par l’occupation japonaise, la 2e entre 1950 et 1953 à cause de la guerre de Corée, et, à la consternation général des coréens, récemment en 2008 par un pyromane! Le bâtiment sur cette photo date donc en réalité de 2013.

Seoul cuisine

L’autre gros point d’intérêt quand on va dans un nouveau pays est : la nourriture. La Corée est très particulière et ne ressemble pratiquement en rien au Japon. Par exemple, on mange avec des baguettes en métal en non en bois, qui sont plates et non rondes. Par ailleurs, on coupe avec… des ciseaux de cuisine! D’un point de vue global, les restaurants proposent volontiers des légumes et des râgouts. La viande et en général nettement plus chère et il y en a peu dans les plats mixtes, mais le porc est en tous cas est savoureux.

Seoul cuisine 1

Le 비빔밥 (bibimbap) est certainement la meilleure surprise culinaire de la semaine. Plat simple et économique, il est uniquement composé de riz et de quelques légumes à mélanger avec une sauce épicée. Toutes ces saveurs, au final, se marient très bien.

Seoul War Memorial 1

Le lundi 10 juillet, la météo est catastrophique sur Séoul. Une pluie diluvienne saccage mes projets de visite dans la cour du War Memorial. Je pense alors me réfugier dans le bâtiment en attendant que la pluie cesse (ce qui n’arrivera pas), mais il est fermé. Plus rien ne sera fait aujourd’hui. Je rentre bredouille, chaussettes et chaussures trempées.

Seoul War Memorial 11

On attaque donc le lendemain ce musée consacré à la guerre de Corée, extrêmement détaillé sur les étapes du conflit. En 1948, la péninsule de Corée est divisée entre le Nord communiste et le Sud républicain. L’année d’après, les Etats-Unis se retirent totalement de la péninsule. Grave erreur : Staline approuve alors l’idée de Kim Il-Sung (dictateur de la Corée du Nord à l’époque) d’envahir le Sud. Le 25 juin 1950, l’armée du Nord passe la frontière et attaque Séoul. Il ne leur faut que 40 jours pour conquérir les ¾ de leur voisin : la Corée du Sud est en déroute.

Seoul War Memorial 12

Le fait est que le 25 juin, la République de Corée, mal préparée, et encore plus mal équipée, n’a absolument rien à opposé aux communistes entraînés par l’armée Rouge et qui disposent du dernier cri de la technologie soviétique. Fait majeur comme on peut le voir ici, la Corée du Sud n’a aucun tank en 1950, quand la Corée du Nord attaque avec 242 T-34! Aucun des canons possédé par le Sud à cette époque n’est capable de détruire ce tank lourdement blindé. La supériorité aérienne du Nord est écrasante : ils ont dix fois plus d’avions, et les Sud-coréens ne disposent eux que d’appareils d’entraînement. Ils doivent larguer les bombes manuellement… comme pendant la 1ere Guerre Mondiale!

Les Nations Unies votent la formation d’une coalition le 28 juin, les américains arrivent le 30. Ils ne peuvent que contenir l’avancée du Nord pendant le mois d’août, le temps que la chaîne de commandement des forces de l’ONU s’organise. Le 15 septembre, le général MacArthur, chef des forces alliées, lance un débarquement à Incheon. Une force américaine massive part de Busan et des ports japonais le 12 septembre. C’est un succès : ses troupes entrent dans Séoul le 25.

Seoul War Memorial 3

Plus rien n’arrête les forces de l’ONU. Le 10 octobre, l’armée de terre sud-coréenne s’empare de Wonsan, un port important de Corée du Nord. C’est une immense victoire pour les forces nationales : les américains ne débarqueront que 16 jours plus tard! Les quelques 1300 tanks envoyés en Corée par les Etats-Unis surclassent très rapidement les envahisseurs. La Corée du Sud reçoit en particulier le M36, tandis que les américains font usage de leurs nombreux Shermans et du plus récent M46.

La capitale nord-coréenne Pyongyang est prise le 19 du même mois, et les occidentaux avancent rapidement vers la frontière chinoise. Le 21 novembre, la réunification des deux corées était quasiment dans la poche…

Mais c’est sans compter l’intervention de Mao Tse-tung qui lance l’armée chinoise à l’assaut de la péninsule coréenne au même moment. Les chinois sont piètrement équipés, mais ils sont très, très nombreux. L’armée onusienne doit reculer, Séoul est reperdue en janvier 1951. Elle sera cependant reprise 2 mois plus tard. A partir du printemps 1951, toutes les offensives chinoises échouent : l’armistice est demandée. Elle ne sera signée que le 27 juillet 1953, après de nombreux reports et irrespects du cessez-le-feu.

La ligne de front a tellement bougé qu’on ne peut s’empêcher de se demander quel aurait été le cours de l’histoire si l’un des deux camps avait pu aller jusqu’au bout de son avantage. Sans les chinois, il n’y aurait qu’une Corée aujourd’hui. Si les communistes étaient arrivés à Busan, le Japon aurait peut-être dû être réarmé…

Seoul War Memorial 2

La cour expose de nombreuses pièces d’armement. Avec un voisin aussi agité, l’armée sud-coréenne n’a de cesse de se moderniser. Dans ce cadre, le tank K1 est le premier blindé exclusivement conçu par la Corée du Sud, sans l’aide des américains.

Le pays se dote également de pièces d’artillerie modernes et de missiles longue portée plutôt impressionnants.

On retrouve également ce vieux Mig-19. En 1983, le pilote Lee Woong Pyung déserte la Corée du Nord à bord de son appareil et fait route vers le Sud. Il avait sûrement faim.

Remarquons donc que jusque dans les années 80, les journaux coréens utilisaient toujours des idéogrammes chinois pour leurs gros titres.

Seoul War Memorial 6

Enfin, peut-être l’anecdote la plus intrigante est celle qui concerne le bateau patrouilleur PKM 357. Le 29 juin 2002, en pleine coupe du monde football (alors organisée conjointement par le Japon et la Corée), deux bateaux nord-coréens franchissent la limite maritime et coulent un PKM 357. La marine sud-coréenne reprendra rapidement le contrôle de la situation, mais cela reste un acte de guerre extrêmement grave qui aurait pu très mal tourner vu la date.

Seoul War Memorial 8

Fier de sa puissance acquise depuis l’invasion, le ministère de la défense trône en face du musée, comme un avertissement donné à l’ennemi juré.

Seoul 63

Je finis au 63 Square, autre haut lieu de la capitale.

Seoul 63

Hormis une expo d’art moderne franchement insipide, le building a heureusement pour lui une vue imprenable sur la partie sud de la ville, ainsi qu’un café bien pensé pour l’admirer.

Cela paraît évident à dire comme cela, mais la Corée n’est pas le Japon. Je l’ai vérifié par les faits. Il reste encore à dire sur Busan mais il est clair que culturellement, cultuellement, culinairement, etc. le pays montre une identité propre, sans renier les bases confucianistes qui font des coréens des gens tout aussi respectueux, accueillant et aidant.

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