函館、西洋の門 (Hakodate, la porte sur l’occident)

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C’est bien connu, dès qu’une nouvelle ligne de shinkansen est mise en place, j’apparais aussitôt. J’avais relevé l’ouverture prochaine du tronçon allant jusqu’à Hakodate lorsque j’étais à Aomori, et j’avais donc noté ça dans un coin de ma tête.

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Je dépasse donc Shin-Aomori dans un Hayabusa similaire à celui pris en avril 2015. Le moins qu’on puisse dire est que le trajet fut fort décevant : la ligne de Hokkaido est une longue succession de tunnels, dont le célèbre tunnel du Seikan. Ouvert en 1988, celui-ci reste encore aujourd’hui (mais plus pour longtemps) le plus long du monde avec ses 53 kilomètres, dont 23 sous la mer. Pour ne rien arranger, JR a installé des murs le long de ligne, ce qui prive le voyageur des paysages champêtres de Hokkaido. Qu’importe, j’ai désormais mis le pied sur chacune des 4 grandes îles japonaises.

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Résidant à l’hôtel Route-Inn Grantia Goryôkaku, je suis logiquement descendu à la gare du même nom depuis le tr… wagon qui fait la jonction depuis Shin-Hakodate. Erreur fatale, le parc Goryôkaku est à 40 minutes de marche. Il faut reprendre un taxi.

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Installé, il est temps d’attaquer la tour Goryôkaku.

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Au pied de cette tour se trouve un jardin en étoile, l’un des nombreux symboles de Hakodate. Pourquoi en étoile, me direz-vous ? En réalité, ce que l’on pourrait prendre prendre pour une pirouette touristique a en réalité des origines très profondes. Et figurez-vous que l’initiateur de ce projet architectural un peu fou, eh bien c’est la France ! Au mileu du 19e siècle, Hakodate accueille nombre d’émissaires étrangers, dont des officiers français. Ceux-ci transmettent alors à Ayasaburo Takeda, mandaté par les dignitaires du shogunat pour renforcer les défenses de Hokkaido, les plans d’une forteresse minimisant le nombre d’angles morts.

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Takeda adoptera cette formule, et la tour présente plusieurs exemples de telles citadelles à travers le monde.

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Le fait est que Hakodate a été exposée très à l’influence étrangère. En 1854, le shogunat, contraint militairement par les américains, signe avec le commandant Perry l’ouverture du port de Hakodate aux navires étrangers. Mais à l’époque, les communications sont très difficiles entre Edo et Hokkaido, si bien que quand Perry arrive quelques mois plus tard, les magistrats de Hakodate ne sont pas au courant et ne découvrent le traité… que lorsque Perry leur montre!

Entre temps, les décideurs prennent peur à la vue de ces puissants bateaux américains et donnent plusieurs directives à la population : il est interdit de se montrer ou de sortir les troupeaux. L’ordre numéro 10, particulièrement drôle, est rédigé comme suit «Les étrangers adorent l’alcool. Cachez tout l’alcool disponible dans les réserves». Malgré ces débuts difficiles, Hakodate profitera à fond de son statut de port ouvert, puisque les étrangers y investiront largement, donnant à la ville un visage unique que l’on verra plus bas. Pour l’instant, on va faire un saut au musée des beaux arts. La météo est très mauvaise en ce premier jour à Hakodate.

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La collection permanente n’est pas vraiment fournie : il faut se contenter d’un peu de calligraphie, certes intéressante. Cette représentation d’un haiku de Matsuo Bashô par exemple montre le kanji uo (poisson) rédigé à l’ancienne, illustrant assez bien l’évolution graphique des idéogrammes.

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Je retiens également celui-là car il est à la fois stylé et simple à lire : «la branche de chêne couverte de neige, a l’air d’une grue».

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L’exposition temporaire est nettement plus balèze, comprenant des tableaux tous en rapport avec la région, comme cette vue du Goryôkaku de 1940.

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Cette perspective des docks depuis le mont Hakodate, Flying Sea Gull – Memory of H-shi de Aida Yukio, est également remarquable par ses couleurs.

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On a aussi du plus métaphorique avec cette Still life Broken de Iwafune Shûzo. Datant de 1938, impossible de ne pas faire le parallèle avec Guernica de Pablo Picasso, notamment par la tête de cheval difforme. Il faudrait des heures pour disserter de ce qu’exprime une telle œuvre, alors on ne va pas le faire ici.

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Finissons par ce 白い港, un port de Normandie (je n’ai plus le nom de l’auteur). La météo s’aggrave, je ne ferai plus rien aujourd’hui.

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Par bonheur, la pluie a cessé quand vient l’heure de rejoindre le port le jour suivant. Ici la gare de Hakodate : ça sent clairement le neuf, rien à voir avec les centres de bric et de broc du Tohoku.

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Plus précisément, ça sent la marée : la criée est à 50 mètres et de restaurateurs proposent des plats frais. Star locale : le crabe ! Les échoppes montrent nombre de ces crustacés, encore vivants ou non. Il y a de toutes les tailles et de toutes les formes, certains passablement effrayants.

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On arrive ensuite dans la zone portuaire ultra-touristique et ses fameux Akarenga sôko (littéralement «les entrepôts de briques rouges»).

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Point de passage du fameux volume 12 de Love Hina, ces bâtiments, les premiers du genre à Hakodate, marquent le début du commerce international pour le Japon. C’est l’homme d’affaires Kumashiro Watanabe qui fit entrer le pays dans la mondialisation à la fin du 19e siècle.

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Evidemment, aujourd’hui, on n’y entrepose plus rien du tout et on fait du commerce plus direct.

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La vénérable structure a même sa propre bière, l’赤レンガビール.

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Nous arrivons au quartier historique de Hakodate. Ce centre des affaires publiques de 1910 est un exemple flamboyant d’architecture Meiji.

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C’est d’ailleurs le point d’où on peut avoir la meilleure vue du port.

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Hakodate possède trois églises témoignant de l’ouverture de la ville aux influences étrangères : une église orthodoxe, une église épiscopale et cette église catholique de fière allure, fondée en 1877. C’est très rare de voir des bâtiments religieux occidentaux de cette ampleur au Japon.

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Le sanctuaire Funadama est intéressant car deux hypothèses s’affrontent pour ce qui est de son origine. La ville raconte qu’un missionnaire Bouddhiste du nom de Ryonin aurait fondé un temple en 1135, prétendant être en terre sainte de Kannon (figure bouddhiste ultra-vénérée). Problème : cela ne ressemble en rien à un temple bouddhiste (toit, structure de l’enceinte). Donc l’hypothèse selon laquelle le bateau de Minamoto Yoshitsune aurait été sauvé par la déesse Funadama entre ici et Aomori semble plus plausible. En tout état de cause, le périmètre est confirmé en tant que temple Shintô par le gouvernement Meiji en 1879.

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Reste à prendre le téléphérique (ici au retour) jusqu’au mont Hakodate.

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La vue de la plate-forme d’observation est en effet l’un des aspects les plus réputés de la ville. On se rend d’ailleurs vraiment compte à quel point Hakodate est coincée par l’océan des deux côtés.

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Direction ensuite la Hakodate Beer Factory, qui sert de la bière très rare à 10°.

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Tout cela a donné faim. Je vais donc droit vers le kaiten sushi d’en face. Détail amusant, il faut écrire ce qu’on veut. En effet, pas grand chose ne tourne sur le tapis, mais les cuistots sont très réactifs. On entend Kaze no Uta, l’opening de Tales of Zestiria the X. Voilà un resto qui a du style. 

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Après l’Akarenga Beer et la Hakodate Beer, j’entame donc la 3e mi-temps alcoolique avec du saké local. Le réveil pour se rendre au cœur de Hokkaido sera difficile, mais on ne se refait pas…

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