Edinburgh, defying the flow of time (Edimbourg, la cité immuable)

Scot

Après un petit déjeuner frugal mais compris, nous mettons en route vers le centre historique d’Edimbourg, dans sa partie ouest.

church market

Notre attention se porte sur cette église bizarre, qui affiche des taux de change et market open.

church market inside

Car une église ce n’est point. La vieille bâtisse aux vitraux plus vrais que nature est un syndicat d’initiative doublé d’une boutique de souvenirs. Le clergé n’est plus ce qu’il était… Un vieil homme nous tend un plan du centre, non sans avoir sauvagement gribouillé dessus au milieu d’explications confuses.

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La topographie de la capitale est atypique : la ville est construite de part à d’autre d’un vallon. Le dénivelé est donc très important entre les parties nord et sud du centre historique, littéralement coupé en deux. Le «creux» est essentiellement occupé par la gare et les voies ferrées.

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La conséquence heureuse de cette géologie pas comme les autres est qu’on a une vue très impressionnante du paysage urbain immaculé d’Edimbourg. C’est très, très authentique, le centre-ville est probablement le même depuis 100 ou 150 ans! C’est comme si la cité défiait la mondialisation et la modernité : pas de tour de verre, pas d’architecture design proéminente, seule l’immanence de l’histoire écossaise.

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En revanche, cette conservation a un prix. Des échafaudages se dressent de toutes parts dans la ville pour les besoins d’entretien ou de nouvelles constructions.

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High Street est caractéristique de cette volonté de la ville de rester soi-même. Aucun écart n’est fait sur les façades des bâtiments, de différentes teintes mais ne trahissant jamais leur époque. Même le look des échoppes est soigneusement contrôlé pour coller à l’atmosphère victorienne.

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Adam Smith attend les visiteurs au pied de St Gil’s Cathedral. En effet, le théoricien historique du libéralisme économique était écossais! Après sa carrière universitaire, Smith passe sa retraite à Edimbourg en compagnie de sa mère. Bien qu’ayant été contestée par le communisme et plus récemment par l’anticapitalisme et l’étatisme, sa «main invisible du marché» gouverne toujours le monde aujourd’hui.

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Au bout de High Street nous attend le château d’Edimbourg, grosse attraction de la ville comme en témoignent les nombreux touristes et la longue queue pour se procurer les billets. La devise officielle nemo me impune lacessit (tu ne m’attaqueras pas impunément) s’affiche avec force au-dessus de l’entrée encadrée par des statues de templiers. Ça ne rigole pas.

Les sources convergent pour situer la présence du château vers l’an 1140, quand le roi écossais David y convoque les nobles et le clergé pour promulguer les lois. Vers 1300, l’Ecosse comme le château sont envahis par les Anglais. Commence alors la première guerre d’indépendance écossaise : les soldats loyaux au roi Robert the Bruce reprennent le château en 1314. Ce ne sera cependant pas la dernière fois que le bâtiment changera de mains. Le conflit cesse entre les deux pays avec l’union décrétée en 1707 et la formation de la Grande-Bretagne. La parlement écossais cesse d’exister, mais l’Ecosse gagne d’immenses privilèges commerciaux, administratifs et militaires au sein de l’union.

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L’enceinte du château renferme l’imposant musée de l’armée. Une très large collection en rapport avec la guerre y est affichée, comprenant en premier lieu ce canon d’artillerie utilisé par des unités écossaises pendant la 2nde Guerre Mondiale.

Camperdown

Les écossais ne sont pas peu fiers de leurs faits de guerre et la visite ne se privera pas d’afficher les exploits des grands généraux nationaux. L’amiral Duncan a une place de choix grâce à sa victoire décisive de Camperdown, au cours de laquelle il empêcha des renforts hollandais de rejoindre la flotte française en 1797.

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Le musée possède également une très grande quantité de décorations. Mais quand je dis «très», c’est que probablement plus personne dans le pays n’a gardé de médaille tant elles se comptent par dizaines dans presque toutes les verrières! Celles-ci appartenaient à Lord Lynedoch, largement récompensé pour avoir mis l’armée française en déroute à Barossa en 1811.

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Malgré l’union avec son puissant voisin, le paysage politique écossais était loin d’être stable au 18e siècle. Charles Edward Stuart, de la lignée des rois écossais Jacques VI et VII, entreprend de briser l’union et restaurer le pouvoir catholique en Grande-Bretagne. Il fait appel pour cela au sentiment nationaliste des vieux clans écossais des Highlands, région moins dense au nord du pays. Ses partisans avancent jusqu’à la frontière anglaise, quand des renforts rapatriés de France les forcent à reculer jusqu’à Inverness. Les jacobites, comme on les appelle alors, furent massacrés durant la bataille de Culloden en 1746. Le pouvoir britannique comprend alors la menace que représentent les highlanders et fait alors en sorte de dissoudre les clans et de les intégrer au nouvel Empire en interdisant les symboles vestimentaires qui leur donne leur identité.

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Mais ce n’est que partie remise pour les highlanders, puisqu’au 19e siècle une passion romanesque va populariser leur image, avec une demande très forte de retour à l’esprit honorable des clans déchus. Le tartan fait fureur et les highlanders peuvent re-porter leurs uniformes traditionnels.

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Georges IV se fait même confectionner un tartan pour sa visite en Ecosse en 1822. Le symbole est énorme : c’est la première visite officielle d’un monarque anglais depuis presque 200 ans! Les highlanders sont alors au centre de toutes les attentions. Leur bravoure pendant la guerre de Crimée ne fait que renforcer leur aura et la reine Victoria elle-même valorise largement la culture des Highlands. Déterminé et inflexible, le highlander s’impose peu à peu comme le héros iconique écossais.

HMS

Au 20e siècle, l’émergence de l’Allemagne en tant que puissance menaçante conduit l’Ecosse à être une base maritime cruciale pour le contrôle de la mer Baltique. Ce tableau représente le croiseur Courageous au port de Roysth (proche d’Edimbourg) en 1918.

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Très jolie galerie d’armes dans ce musée. Il possède un Lee Enflied No.4 Mk1, fusil sniper utilisé par le Royaume-Uni au cours de la Seconde Guerre Mondiale. La lunette, très basique, est typique du grossissement (très moyen) utilisé à l’époque.

Après la Guerre Froide, l’activité militaire de l’Ecosse diminue sensiblement bien qu’elle conserve la base de sous-marins nucléaires de Faslane.

Great Hall

Le great hall est rempli d’armes et armures médiévales sur toute la longueur de ses murs. Certaines sont des lames utilisées à travers les époques, d’autres sont des prises de guerres provenant d’anciennes campagnes. Cette pièce était originellement une salle de banquet avant de devenir des baraquements militaires. Elle trouve sa forme actuelle de salle d’exposition à la fin du 19e siècle.

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Les joyaux de la couronne écossais sont le bien le plus précieux de la nation. Protégés par une porte blindée de 30cm, il est absolument interdit de les photographier. Les précieux attributs régaliens sont dans le pays depuis 500 ans, ayant toujours échappé aux anglais qui cherchaient à les détruire pour porter un coup fatal à la lignée royale écossaise. Remarquez le sceptre richement décoré, digne d’un Atelier.

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Autre grand attrait du château, la vue plongeante permet d’admirer quelque uns des nombreux trésors architecturaux, comme le Scot Monument (à gauche), tour tellement baroque qu’elle imprime aisément sa marque dans le paysage Edimbourgeois.

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Après un tel plongeon dans l’histoire écossaise, rien de mieux qu’un menu local pour déjeuner. Le haggis est ce haché brunâtre avec lequel la viande est farcie. C’est succulent, sa saveur le classe dans les meilleures viandes et la sauce est très réussie. J’ignore quels sont les problèmes des anglais avec la cuisine, mais les écossais, eux, savent clairement la faire.

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Le Scottish National Museum of Art n’avait rien de vraiment impressionnant à mon humble avis. Ca manquait de thématique de fond et d’originalité, mais surtout d’identité écossaise. Trop peu d’œuvres comme ce Edinburgh Castle par Samuel Bough font la part belle à la culture locale.

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Le lendemain, nous passons devant le parlement écossais sans nous arrêter. Le bâtiment qui allie bois et verrerie symbolise probablement une volonté écologique. Dissous lors de l’union de 1707, le parlement n’est rétabli qu’en… 1999!

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Le gros point d’intérêt de l’est de la capitale est Holyroodhouse Palace, qui n’est ni plus ni moins que la résidence officielle de la Reine en écosse (elle arrivera d’ailleurs le lendemain).

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Il faut s’intéresser ici aux armoiries situées à l’entrée. Le sceau des deux licornes est celui de l’écosse historique (avant l’union avec l’Angleterre), le sceau actuel du Royaume-Uni en Ecosse étant partagé entre le lion anglais et la licorne écossaise. Le bouclier frappé du lion est un autre symbole écossais encore plus ancien datant d’Alexandre II. Aucune référence donc aux alliés britanniques sur la façade du château!

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Avant d’être un palais royal, Holyroodhouse fut une abbaye. Achevée en 1250, il ne reste plus grand chose aujourd’hui. Les combats et les pillages endommagent d’édifice à travers les siècles, et l’unique tentative de réparation échoue : le toit s’effondre en 1758 après la pose de renforcements trop lourds…

Le palais en lui-même est bien sûr très impressionnant, avec son mobilier excentrique, ses quelques (inestimables) joyaux et pièces de vaisselle. La partie la plus époustouflante reste encore la Great Gallery qui rassemble les portraits de tous les rois écossais depuis presque 2000 ans!

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Sherlock Holmes est comme toujours pensif à Picardy Place. La statue du célèbre détective privé marque le lieu de naissance de son auteur, Arthur Conan Doyle. Encore une fois, l’Ecosse peut s’enorgueillir d’être à l’origine d’un phénomène littéraire mondial et intemporel.

cosmo

Pour midi, nous allons chez Cosmo. C’est un restaurant à volonté qui propose tout un éventail de cuisine pan-asiatique, des shashimis au poulet tikka. Trois fois hélas, l’absence de spécialisation entraîne la qualité des mets de «pas terrible» à «moyen» en passant par «infâme». Echec, donc…

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Nous arrivons en vue de Carlton Hill, et son haut monument Nelson dédié à l’amiral du même nom.

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La montée des marches coûte 5£, ce qui est franchement beaucoup pour une photo par temps pluvieux. On se débrouille donc pour trouver une vue pas trop mal au sommet de la colline, et ça rend décemment bien.

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L’inspiration antique crève les yeux dans cette partie de la ville, avec son palais romain abandonné et son Parthénon, inachevé, faute de moyens.

GT

Pour notre dernière visite à Edimbourg, nous optons pour la Georgian House. Demeure bourgeoise typique du 19e siècle, cet hôtel particulier ne se distingue finalement pas tellement, hormis l’intérêt de lire certaines coupures de presse de 1811. Elles se partagent entre petites annonces, rapports de guerre et listing de l’activité portuaire.

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Plus amusant, cette armoire à médicaments montre les différents ingrédients utilisés à l’époque pour le traitement à l’auto-médication. La laudanum au centre est un opium : comme illustré dans les nouvelles de Sherlock Holmes, cette drogue était alors de consommation courante. Se shooter à l’opium était un moyen de détente comme un autre…

princes

Edimbourg est à l’image de cette vue de Princes Street. C’est une ville profondément ancrée dans son histoire et qui ne veut pas l’oublier. Presque toujours magnifique quel que soit l’angle choisi, elle incarne bien ce que je recherchais de l’Ecosse : une pureté culturelle et architecturale.

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