Test – Tokyo Mirage Sessions #FE

GIFE

Shin Megami Tensei X Fire Emblem, comme certains préfèrent encore l’appeler, a suscité en 3 ans bien des fantasmes. Arrivé bien différent de ce que beaucoup imaginaient lors de sa ré-annonce en avril 2015, Tokyo Mirage Sessions #FE a la difficile tâche de séduire malgré lui. Symbole d’un line-up en perdition avec seulement 30’000 exemplaires vendus à son lancement sur l’archipel, le cross-over d’Atlus peine à convaincre. Alors, les japonais auraient-ils été trop durs ?

story

Tokyo Mirage Sessions #FE avait pour son scénario le choix entre la noirceur de Shin Megami Tensei et le caractère épique de Fire Emblem. Malheureusement pour les adorateurs des séries sus-citées, Atlus n’a pris ni l’un, ni l’autre : l’atmosphère de ce cross-over est à la fois légère, extravagante, et se tient généralement éloigné de tout ce qui pourrait ressembler à du premier degré. Le thème du jeu n’y est pas étranger, puisque tous les membres de votre équipe font partie d’une agence de célébrités. En marge de cela, Tokyo est attaqué par des Mirages, spectres malfaisants cherchant à arracher le force vive (ici appelée performa) des gens. Alors bien sûr, toutes vos stars ont des pouvoirs spéciaux pour défendre la capitale : ils sont tous des Mirage Masters, guerriers qui empruntent la force de Mirages bienfaisants pour combattre les mauvais. Ajoutez la résurrection d’un mal ancien, et vous avez l’essentiel du scénario, extrêmement convenu et sans grande sophistication, de Tokyo Mirage Sessions #FE.

TikiP

Dans son déroulement même, le titre ne s’attarde guère sur le fond du scénario et surfe sur la culture «jeune» de l’archipel. Chant, concerts, séries télévisées, cinéma, photographie de starlettes en maillot de bain (sauf dans votre version, désolé), rien n’a été épargné pour combler les otakus. Mais en cela, il est vraiment très bon, allant même jusqu’à inclure plusieurs easter eggs brilliantissimes à Hatsune Miku. Par exemple, votre mage, Kiria, possède un costume de combat qui a tout d’une Miku adulte! En dehors de cela, il y a tout un développement autour de l’utilisation d’un logiciel de synthèse vocale identique en tout point aux logiciels vocaloid, le tout avec un très grande fidélité au phénomène. Avec toutes ces prises de liberté, la trame de l’histoire s’écroule très vite, avec des enchaînements d’évènements soit beaucoup trop rapides, soit complètement contradictoires. Tokyo Mirage Sessions #FE, c’est le jeu qui parvient à insérer une blague sur le premier baiser juste devant un boss principal, c’est à ce point-là. La narration du jeu est au final tout aussi ridicule que celle de Xenoblade Chronicles X, mais le titre d’Atlus qui joue tout sur le second degré en fait une force, à l’inverse du blockbuster de Monolith qui lui était persuadé d’être sérieux (ce qui pour le coup, est vraiment ridicule).

Kiria s1

Mais cette fragilité de la narration est finalement sans conséquence sur l’expérience du jeu, avant tout centré sur ses personnages. Parallèlement à son univers inspiré de la contre-culture japonaise, Tokyo Mirage Sessions #FE offre des personnages tout aussi décalés, mais qui surtout donnent lieu à des développements extrêmement complets. En somme, tout l’inverse de son concurrent sur la même machine. Que ce soit Tsubasa l’idol débutante complètement ingénue, Kiria la chanteuse d’expérience qui a un faible pour le kawaii, Eli la star nippo-américaine qui case Hollywood dans toutes ses phrases ou encore Barry, le prof de danse gaijin et son horrible accent anglais, les personnages façonnés par Atlus ont tous un personnalité complètement dingue, mais délicieusement hilarante.

Eli date

Le titre va jouer le délire à fond avec une foule d’évènements secondaires qui mettent parfaitement en valeur le charme excentrique de vos compagnons, à des années-lumière des mornes kizuna quests de Xenoblade Chronicles X. Ces séquences sont non seulement divertissantes, mais aussi lucratives : vous êtes souvent souvent récompensés par des capacités puissantes et de nouvelles chansons ou cinématiques. A côté de ça, le héros Itsuki s’efface largement par son manque de charisme, mais c’est somme toute normal pour ce type de jeu dans lequel les seconds rôles sont les vraies stars. Le pauvre jeune homme se fera marcher dessus par une Eli colérique et aura toute les peines du monde à aider une Tsubasa trop peu sûre d’elle. De grandes oppositions de styles entre ces histoires secondaires donc, mais en revanche toujours la même volonté de boucler la boucle de la plus belles des manières.

Kiria s3

Dans le même registre, précisons que les Mirages qui prêtent leur force aux héros sont tous des personnages tirés de divers Fire Emblem, preuve que la série d’Intelligent Systems n’a pas été oubliée par les développeurs. Les personnalités en question ont été fidèlement retranscrites, comme les penchants sadiques de Tharja de Fire Emblem Awakening, qui forme avec Kiria un couple absolument merveilleux et bourré d’humour!

shibuya

Mais là où Tokyo Mirage Sessions #FE pâlit face au jeu de Monolith Software, c’est bien par son monde vide et étriqué. Le Tokyo de ce cross-over ne fait guère que quelques rues, certains endroits se limitant à une seule et unique pièce ! Inutile de dire qu’avec une superficie aussi minimale, il n’y a rien à explorer ici. Les PNJs porteurs de quêtes annexes ne vont demanderont jamais plus que d’aller chercher un objet dans une rue adjacente… On apprécie en revanche la décoration qui change ici et là en fonction des nouveaux spectacles mettant en scène les personnages.

shibuya

On passera donc le plus clair de son temps dans les donjons, ou Idraspheres, soudainement apparus pour engloutir la population tokyoïte. Assez casse-tête déjà par leur architecture, ces derniers vont demanderont régulièrement de vous creuser les méninges par des énigmes ou mécanismes plus ou moins complexes, comme des salles à visiter dans un certain ordre, des interrupteurs changeant la cartographie du niveau, ou les bonnes vieilles plate-formes au-dessus du vide. Les Mirages apparaîtront régulièrement pour déclencher des combats aléatoires, mais il est assez facile de les éviter avec un bon coup d’épée. Dans le même état d’esprit, le jeu permet de sauvegarder à tout moment et de retourner à l’agence quand bon vous semble. On peut donc jouer à son rythme sans trop de stress. Question déroulement, c’est absolument toujours la même chose : il s’agit de sauver un PNJ dont l’esprit est contrôlée par un Mirage, point barre. Tous ces donjons, avec les nombreux évènements liés aux personnages, portent la durée de vie de Tokyo Mirage Sessions #FE bien au-delà des 30 heures annoncées.

Salya

Avant d’aller combattre, il faut bien se préparer. Pour cela, l’agence dispose d’un espace parallèle au monde réel où la jeune Chiki (oui, cette Chiki, mais en rudement plus jeune!) vous proposera ses services. Vous pourrez forger de nouvelles armes avec les objets gagnés en combat, améliorer ces mêmes armes si vous avez plusieurs exemplaires des objets concernés et, plus tard dans le jeu, permettre à vos Mirages de changer de classe comme dans tout Fire Emblem. Les armes font apprendre à vos personnages trois types de capacités : actives (magie, attaques physiques), passive (augmentation de stats, avantages tactiques…) et session (voir plus bas). Toutes ces capacités sont extrêmement nombreuses et il faudra faire des choix, mais en même temps cette grande richesse permet au joueur de construire sa propre stratégie à travers l’évolution de ses personnages. C’est là qu’améliorer ses armes prend toute son importance, car lorsqu’un personnage retombe sur une capacité qu’il a déjà, celle-ci est améliorée! Dernière chose et pas des moindres, c’est aussi Chiki qui va synthétiser des performas, source d’autres capacités offensives et défensives d’importance cruciale.

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Nous voilà donc dans le cœur de la bataille. Déjà, soulignons l’extraordinaire présentation des combats, qui se déroulent sur une scène à la manière d’un spectacle avec son public et ses écrans géants traduisant l’état actuel des combattants. Encore une fois, Tokyo Mirage Sessions #FE poursuit sa logique dans les moindres détails avec un certain brio, voire un brio certain. En termes de système, Atlus reprend le triangle des armes de Fire Emblem : certains Mirages ennemis sont affiliés à une catégorie d’arme (ou autre, à savoir dragon, cavalier et armure) et c’est donc au joueur d’utiliser l’arme ou la capacité appropriée pour faire le maximum de dégâts, la même chose existant pour les éléments naturels (feu, vent, tonnerre, etc.).

Tsubasa s7

Mais les ennemis dans Tokyo Mirage Sessions #FE sont plutôt robustes et en règle générale, ne peuvent être vaincus en simplement quelques coups. Il faut donc lancer ce qu’on appelle des «sessions». Le principe est simple : dès qu’un personnage atteint le point faible d’un adversaire, d’autres personnages vont jouer après lui et viser le même ennemi, sans consommer le moindre tour! Cette mécanique implique que les personnages aient de capacités de sessions, qui autorisent la session après tel ou tel type d’armes ou de magie. Donc, plus vos personnages progressent, plus ils sont nombreux à prendre part aux sessions qui deviennent plus longues et plus puissantes. A noter que la session peut échouer ou même se retourner contre vous si une capacité en cours de session heurte la résistance d’un ennemi : il faut donc anticiper l’efficacité en fonction de la liste d’attaques de la session (qui est connue). Conséquence pittoresque du système, la commande «attaquer» (qui ne peut donner lieu à session) est complètement inusitée.

Tsubasa Kiria

A plus haut niveau, vous aurez également le privilège exorbitant de prolonger les sessions. Il faut pour acquérir des duo skills qui sont exclusifs aux quêtes secondaires des personnages. Sans surprise, ces duo skills ont tous pour thème le spectacle et le chant. Ils sont en revanche excessivement puissants, car ils permettent d’infliger des dommages considérables tout en se soignant ou en s’octroyant divers effets bénéfiques. Ce n’est pas leur seule qualité puisqu’ils mettent en valeur la musique du jeu. Même si les esprits étroits considéreront par défaut que cela dessert le titre, la J-pop proposée est tout à fait excellente, contenant des rythmes hypnotiques comme dans Give Me ou Black Rain. On n’insistera également jamais assez sur la qualité des clips introduisant tous ces morceaux, dont voici un exemple ci-dessous. Les thèmes de combats ont des tonalités plus classiques, plus sombres aussi, comme le fantastique boss theme n°2.

Vous aurez bien besoin de tout cela, car le jeu concocté par Atlus est loin d’être facile. S’il est possible de changer la difficulté à tout moment en cas de blocage, le mode normal représente un challenge passionnant : les boss ne font aucun cadeaux, les affrontements demandent beaucoup de sang-froid mais la courbe de progression est un modèle du genre. En d’autres termes, Tokyo Mirage Sessions #FE fait vivre le plaisir d’un RPG coriace tant en gardant un challenge homogène, ce qui de nos jours est assez rare pour être souligné.

Yashiro

En termes de réalisation, on ne peut guère être impressionné par le travail d’Atlus. Les phases de dialogues et d’exploration sont au mieux comparables à de la PS3 en très petite forme. La ville est limite moche, les donjons manquent clairement de raffinement graphique et puis mince alors, les PNJs sont en carton ! Fort heureusement, le jeu s’en sort beaucoup mieux dans les phases de combat, avec graphismes et animations beaucoup plus détaillés et une foule de petits gestes rigolos qui donnent beaucoup de vie aux affrontements. On invoquera également la présence de nombreux costumes présents dans le jeu lui-même, donc pas besoin de DLC, si ce n’est pour le maillot de bain de Kiria. Mais de toute façon, ça serait étonnant que la censure folle de Nintendo laisse passer ça…

Personnages travaillés jusqu’au bout, humour mordant, atmosphère enjouée, combats captivants… mais univers minuscule et réalisation en demi-teinte, Tokyo Mirage Sessions #FE est toute l’antithèse de Xenoblade Chronicles X. Si l’arrière-garde conservatrice sera foudroyée à la simple vue son univers un peu rose et typiquement otaku, il n’en reste pas moins qu’Atlus livre là un JRPG au système de jeu à la fois robuste et complet. Ce n’est peut-être pas le Shin Megami Tensei X Fire Emblem que vous espériez, mais ce qu’il fait, il le fait très bien.

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