Test – Xenoblade Chronicles X

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Voici enfin venu le moment de vérité. Avec un Xenoblade sur Wii qui avait surpris son monde jusqu’à être porté en grâce (à tort ou à raison) comme le plus grand JRPG de la génération PS3, nombreux sont ceux pour qui le genre appartenait dès lors à Nintendo. Mais avec la désertion de tous les éditeurs de JRPG sur WiiU, il ne reste plus que le champion de Monolith Software pour vérifier l’équation et éviter au constructeur de perdre pied dans la discipline.

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Xenoblade Chronicles X commence sur de bonnes bases, puisqu’il offre après quelques petites heures à la fois de puissants enjeux (la survie de la race humaine, chassée de la Terre détruite par une menace inconnue) et laisse entrevoir une grande richesse et liberté de gameplay. En tant que pionniers, vous devez domestiquer la planète Mira où vous avez atterri en urgence à bord de l’arche que constitue le vaisseau géant contenant la ville de New Los Angeles. Dès les premiers instants, vous faites connaissance avec la très grande diversité de la faune : le niveau des monstres va de 5 à 50, leur taille de 30cm à celle d’un quartier entier de votre ville. Pas doute, la marge de progression est énorme et vous êtes là pour longtemps.

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Pour votre plus grand bonheur, vous disposez de 13 classes à débloquer progressivement suivant votre affinité avec les armes principales (une arme à feu et une arme blanche propres à celles-ci). Le développement des armes et armures est colossal : vous pouvez en améliorer les statistiques directement ou ajouter des slots pour imbriquer des modules d’amélioration. Tout cela passe par les sociétés de développement militaire, qui sont à débloquer au cours de l’histoire ou via parfois des quêtes annexes. Chaque entreprise a réalise des modèles d’équipement différents et il faudra les approvisionner régulièrement en ressources pour qu’elles vous proposent de nouvelles innovations. Vous avez aussi à choisir une spécialisation parmi les «syndicats» proposés (explorateur, pilote de Doll, chasseur, arbitre de voisinage, etc.) mais cet aspect n’est là que pour étoffer l’univers de jeu : en plus de 80h, je n’y ai pas vu d’impact significatif sur le gameplay ou la progression. Toujours est-il que vous recevrez régulièrement un salaire en nature. On ne s’en aperçoit que plus tard, mais on peux y recevoir des objets qui sont d’une très grande aide dans les combats difficiles. Réfléchissez donc avant de sauter sur les objets qui sont simplement à revendre.

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Graphiquement, Xenoblade Chronicles X est vraiment très inégal, le médiocre se mêlant à l’exceptionnel. La ville n’est pas très jolie (le clipping est important, l’aliasing omniprésent, les textures apparaissent en retard et les bugs de collision sont légion), ni même très étendue en fait. Sa seule utilité provient du fait qu’elle liste les différentes quêtes au travers des différents quartiers, bien vides hormis le quartier militaire dit «Blade» (du nom de votre organisation), qui fait l’objet d’un design nettement plus recherché. La modélisation des personnages est assez dépassée : les persos principaux datent du début de l’ère PS3, les PNJs eux ne sont même pas présentables. Les animations faciales sont quasiment inexistantes et les mouvements sont raides. On n’est pas du tout dans la next-gen à ce stade.

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Cependant, il suffit d’aller faire un tour dehors pour y entrer, car c’est à l’extérieur que le titre de Monolith révèle toute sa richesse. Les environnements naturels sont vraiment très beaux, la faune stupéfiante de vie et la flore luxuriante impressionnent clairement. C’est magnifique, je n’ai jamais vu ça! Mais surtout, c’est l’étendue et la démesure de la planète Mira qui forcent le respect : cinq continents, tous gigantesques avec tous leur propre thème et des formes de vie variées qui s’y rattachent. Chaque changement d’environnement est un grand moment, car à chaque fois on prend plein la vue!

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Toutes les vallées, toutes les plaines, tous les chemins de montagne réservent une petite surprise, bonne ou mauvaise, architecturale ou biologique, qui émerveillera et/ou étonnera le joueur. Les effets météo sont eux aussi grandioses, que ce soit les orages majestueux du Continent Oublié, les pluies de météores du Continent de l’Acier Noir et surtout, surtout, les tempêtes de neige sur le Continent de l’Arbre Blanc, qui rendent la visibilité tellement difficile que le joueur est obligé de s’arrêter ou faire demi-tour, c’est toujours grandiose. En outre, le jeu dispose d’un design général appréciable, que ce soit celui des armes (surtout les fusils sniper très classes), de la technologie et général ou encore du côté unique et baroque apporté à chaque continent.

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Venons en au gameplay plus concret. Xenoblade Chronicles X a de gros problèmes d’interface dans le mesure il vous fait naviguer dans des tonnes de menus différents d’autant plus difficiles à digérer que la police de caractères est vraiment trop petite : ça peut passer en alphabet occidental, mais lire des kanjis compliqués en police 7, croyez-moi c’est pas du gâteau! Le description des skills est vraiment pas claire et aucun tutoriel ne vient vous aider. On est donc obligé de former son perso un peu empiriquement, faute à une logique de gameplay qui se fait désirer. Le Gamepad n’est pas adapté au jeu en temps réel, les boutons étant trop éloignés les uns des autres. Je me suis emmêlé les pinceaux jusqu’à la fin, notamment à cause du changement du cible qui répond très mal et au menu objets à l’accessibilité désastreuse. En revanche, la navigation sur la carte du monde est vraiment bien conçue, puisque vous avez à tout moment toutes les destinations et toutes les informations à portée de la main.

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En bons explorateurs, vous allez tenter de maîtriser la nature (hostile) de votre planète d’adoption en commençant par ses ressources. Le Millanium vous servira à plein de choses : en livrer aux PNJs, faire progresser la recherche & développement (voir plus haut) et remettre du carburant dans vos Dolls. Il va falloir pour cela atteindre les points d’extraction, et c’est là toute la jouissance de ce jeu : le relief accidenté est une première et Xenoblade Chronicles X offre une verticalité encore jamais vue qui rend l’exploration trépidante, car il faut souvent planifier des détours de ouf’ ou faire un trekking démentiel pour arriver à destination! Xenoblade reste bien le maître absolu de l’exploration : il faut chercher, chercher, chercher, et on ne s’en lasse pas! Le level design dépasse de très loin ce que l’on a pu voir de Final Fantasy XV à travers la démo. Une fois vos puits forés, il faut les gérer. Vous disposez de plusieurs sortes de forage de différents niveaux pour optimiser l’exploitation de votre réseau : extraction pure pour maximiser la production de Millanium, sondes de recherche pour en augmenter les revenus et puits de stockage pour augmenter le volume maximal. A vous de définir votre priorité du moment, en sachant que certains puits rapportent également des minerais rares de grande valeur marchande. En dehors de cela, vous pouvez looter des items en différents points de la carte en utilisant des field skills. Ces capacités qui sont à upgrader régulièrement vous permettront d’interagir avec certains éléments du décor : le savoir en mécanique permet par exemple d’inspecter des véhicules abandonnés ou écrasés, alors que la biologie vous permet d’analyser la végétation étrange de la planète Mira. Ça occupe, mais ça reste du loot très classique.

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Le problème est qu’au final, quand bien même c’est une activité longue et prenante, c’est plus ou moins tout ce qu’il y à faire dans le vaste de monde de Xenoblade Chronicles X. Il y a bien un important côté chasse avec la diversité des espèces mais force de constater que l’open world de Monolith est loin d’avoir la densité récréative d’un WatchDogs sur PS4 par exemple. On se heurte très vite à un problème inhérent à la WiiU : l’absence de trophées. Une fois l’aventure principale terminée et tous les puits sous votre contrôle, tourner plusieurs dizaines d’heures juste pour la satisfaction personnelle d’avoir tué tous les monstres n’est pas forcément très motivant, surtout lorsque l’on a l’habitude depuis des années d’être récompensés concrètement avec un système socialement intégré comme les trophées…

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L’un des problèmes de Xenoblade Chronicles X, ce sont les combats. Ceux-ci sont directement hérités de Xenoblade, la mystique du temps en moins. Il ne reste plus que le fait de lancer ses skills les uns après les autres ce qui le rend incroyablement passif. Pire, dans mon évolution sur l’arbre des classes, à aucun moment je n’ai eu de sort de soin dédié! Certaines aura permettent de régéner les HP de perso principal pendant une certaine durée. Et encore, cela coûte 1000 TP et on ne peut donc pas la lancer quand on veut, donc pas toujours quand on en a besoin. D’autres possibilités pour recouvrer ses HP existent : les Soul Challenges et les Soul Voices. Qu’est-ce que c’est que ça? Le Challenge se matérialise par le bouton B sur lequel le jeu vous demandera parfois d’appuyer dans un timing précis. La Voice n’est pas une émission à la con mais un appel d’un de vos camarade que vous exhortera à utiliser un certain type de capacité (tir, attaque au corps à corps, sort de statut) dans le feu de l’action. Des skills passifs permettent de booster la récupération des HP, mais ils sont répartis sur l’ensemble des classes : c’est long, mais il est possible de les récupérer. Reste que la disponibilité réduite des soins est un problème : il suffit qu’un ennemi un peu fort s’acharne sur votre perso principal et c’est retour direct à la case départ. Parce que par-dessus le marché, les conditions de résurrection sont tellement drastiques (3000 TP!) que c’est difficile à réaliser en pratique, ou alors il faut sacrifier ses propres soins et son overclock (état second qui permet de recharger ses techniques plus vite). J’ai perdu un nombre incalculable de fois bêtement à cause de ça. Pour couronner le tout, la fuite est extrêmement difficile, ce qui est d’un pénible… Bref, ce jeu vous demande donc de leveler comme une brute pour rester au niveau des ennemis, sans raffinement aucun, en dépit du fait que vous puissiez «louer» l’avatar d’un autre joueur, même s’il a un niveau plus élevé que le vôtre (ce qui facilite un tout petit peu la progression). Un système de combat en définitive largement en-dessous du par qui n’a ni la technicité d’un Atelier, ni la dynamisme des derniers Tales of.

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Les Dolls sont en revanche une excellente initiative. D’une finition remarquable, ces méchas ne sont pas de simple machines de guerre mais de véritables «partenaires», à l’image d’Evangelion. Le rapport avec le personnage est rendu très intimiste par une foule de petites animations extraordinairement réussies : il suffit de voir votre héros y monter/descendre ou la Doll se métamorphoser en un éclair quand on change du mode robot au mode véhicule et vice-versa. La Doll peu être amenée n’importe où, même en ville!

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En combat, vous passez parfois en vue cockpit, ce qui est assez grisant. Les différents modèles sont relativement nombreux et il faudra un sacré trésor de guerre pour acquérir les plus solides. Effort nécessaire, car la montée en gamme est obligatoire pour faire face aux boss des derniers chapitres, qui pilotent eux-mêmes des Dolls non moins impressionnantes que les vôtres. Vos robots sont customisables de la tête au pied pour que vous puissiez en faire l’engin de vos rêves. Il faudrait des heures pour détailler cet aspect primordial de Xenoblade Chronicles X, mais laissez-moi vous donner une dernière petite anecdote : le jeu pousse le souci du détail au point que toutes les Dolls n’ont pas le même comportement routier en mode véhicule! Seul point noir de vos compagnons d’acier : leur fragilité. En effet, la Doll, malgré son air imposant, ne résiste pas beaucoup mieux à un ennemi d’un niveau trop élevé que votre personnage à pied. Le hic, c’est qu’au bout d’un moment le jeu va vous demander de sortir votre chéquier pour les réparations. Les modèles puissants demandent l’équivalent de nombreux jours de recettes si bien que tout vos économies y passent! Et vu qu’il suffit de rouler sur un ennemi niveau 50 planqué dans le sable pour se faire OHKO, ça devient très vite insupportable et on se met à recharger sa partie sans arrêt.

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Au niveau des autres personnages, là encore le constat est mitigé. Lyn, du haut de ses 13 ans (!), est franchement pas mal dans son rôle moe/kawaii : sa doubleuse Mariya Ise, qui joue entre autres Riko de Aria the Scarlet Ammo, a les bonnes intonations pour la rendre absolument tordante. Mais vous n’en profiterez pas, car Nintendo a sucré les voix japonaises dans la version française. Elma ne se dévoile qu’à la cinématique de fin, avant cela elle a vraiment un très faible personnalité… Mieux vaut tard que jamais, disons qu’elle sera plus intéressante dans une éventuelle suite. Les personnages plus secondaires ne sont ni développés, ni très recherchés à mon goût, mais ce n’est pas pour autant une cause perdue…

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Car le déroulement de ce jeu, il est stupide. Il m’a donné le personnage ci-dessus, une charmante demoiselle du nom de Celica (oui, comme la Toyota) après presque 80 heures de jeu! Mais bordel, un bon personnage comme ça, il faut le donner en premier, pas en dernier!!!!!!! Et pas underlevel de 20 niveaux, ça serait bien aussi…

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Finissons par la difficile question de la narration. Oubliez tout de suite ce que vous savez de Xenoblade Wii : la quête épique, les moments qui serrent le cœur, le déchirement, la séparation… tout ça c’est fini (ou du moins c’est pas pour cette fois). C’est bête d’ailleurs, car le synopsis de base est loin d’être mauvais, car il pose de bons enjeux et il aurait pu y avoir un vrai suspense si c’était un peu mieux raconté. Le premier souci, c’est le choix de l’avatar en temps que personnage principal. Vous créez ici votre propre personnage. Si le character creation n’est pas aussi détaillé que dans un Samuraï Warriors 4 par exemple (manque de choix sur les visages et les cheveux, j’ai trouvé), il a la bonne idée de proposer de nombreuses voix différentes classées par doubleur/doubleuse et personnalité (tsundere, ojôsama, etc. mais encore une fois, la version européenne risque de ne pas les avoir). Ce choix n’est pas sans incidence sur la narration, puisque votre héros est complètement muet lors des cinématiques et des phases de dialogues, un peu comme dans Tales of Xillia 2. Mais quand Ludger était, malgré son mutisme, un personnage émotif et expressif, le héros de XCX n’a absolument aucune expression faciale (comme tous les autres d’ailleurs). De Xenoblade à Xenoblade Chronicles X, on passe donc du valeureux Shulk à un avatar sans âme qui rend l’aventure très impersonnelle, ce qui risque de décevoir.

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Deuxième point, l’histoire principale se déroule en chapitres qui se sélectionnent comme des quêtes annexes, avec souvent des conditions de déblocage qui obligent à de longues heures d’exploration hors scénario. La grande majorité des chapitres sont vraiment bateau et la mise en scène est molle, avec des antagonistes qui arrivent comme un cheveu sur la soupe sans être développés. A l’inverse, certaines quêtes secondaires se révèlent être des mini-scénarii étonnants qui auraient eu leur place dans une trame principale un peu plus étoffée et intégrée. On se retrouve donc avec plein de bouts de scénario d’importance inégale éparpillés ici et là sans prendre forme de manière cohérente ou convaincante. Trop, beaucoup trop de durée de vie artificielle à faire des quêtes à rallonge où les dialogues sont trop longs pour ce qu’ils racontent. Les quêtes communes sont très peu variées en tournent presque toujours à la chasse aux monstres et aux objets. On est loin, très loin de l’inventivité des quêtes d’un Lightning Returns. A 80h de jeu, je prenais encore ma Doll pour chercher les chiens perdus… L’humour est tellement à la rue que Xenoblade Chronicles X vous sort la même blague pendant tout le jeu. L’excellente OST parvient à égayer le tout par son électro-country audacieuse et autres orchestrations plus classiques mais grandioses, mais reste bien mal exploitée : le jeu a tendance à balancer des musiques épiques à chaque phase de dialogue, même les plus banales… L’aspect narratif donne clairement l’impression d’une démission totale de la part de Monolith Software.

Xenoblade Chronicles X est un grand RPG… par sa superficie! Enivrant et passionnant dans sa nature sauvage, il l’est nettement moins dans d’autres aspects et on peut se demander si Monolith, trop occupé à coder les kilomètres carrée, n’a pas un peu oublié les ingrédients qui font les RPGs mythiques. Les combats médiocres, le système de soin casino et le puzzle narratif pèsent sur l’expérience de jeu. Finalement, Xenobalde Chronicles X, c’est comme Final Fantasy XIII, mais à l’envers : l’un est story-driven, sans monde à explorer, l’autre est world-driven, sans histoire à raconter. Dans les deux cas, un bon RPG avec des qualités, mais pas un titre qui fera date. Parce qu’un safari, aussi beau soit-il, ne saurait être un grand JRPG.

2 réponses à “Test – Xenoblade Chronicles X

  1. On sait à quoi s’ en tenir au moins ^^ .Je l’ attends quand même impatiemment ,rien que pour la découverte du monde .Par contre ,tu parles d’ un refus de localisation des voix japonaises pour l’ occident par nintendo ,mais je ne l’ ai lu nulle part ailleurs . Ca a été confirmé quelque part ? Tu aurais une source s’ il te plait ?

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