E3 2015 Nintendo – Des résultats en trompe-l’oeil, mais des perspectives qui ne trompent pas

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Pour certains, Nintendo fut le vainqueur incontesté de l’E3 2014. Acceptons un instant de rejoindre leur dimension parallèle et supposons que ce soit vrai. Qu’est-ce que Nintendo a fait de cette «victoire»?

En 2014-2015, le constructeur renoue avec les profits, mais surtout avec un résultat d’exploitation positif, objectif majeur depuis des années pour retrouver la confiance des actionnaires. La trésorerie augmente, les stocks diminuent. La situation est en apparence excellente.

Mais en détail, ce n’est pas aussi simple. Le chiffres d’affaires baisse de 4%, et Nintendo est obligé de compenser en réduisant considérablement la voilure : le coût des marchandises vendues et les dépenses de fonctionnement sont tronçonnées de 15%, effort considérable en une seule année. En outre, les gains sur taux de change s’élèvent à 34 milliards de yens, soit 80% du bénéfice final. Conclusion, c’est la Banque du Japon et sa politique monétaire accommodante, plus que Smash Bros, Mario Kart 8 ou les Amiibos, qui permet à Nintendo de faire bonne figure au moment de la publication des résultats.

Parce les résultats commerciaux sont loin d’être fameux. La WiiU atteint péniblement les 3,3 millions d’unités livrées (5 fois moins que la PS4), signe que les extraordinaires louanges à l’endroit de son line-up limité paraissent un peu surjouées. La 3DS loupe encore une fois ses objectifs de l’année, y compris l’objectif révisé de 8 millions. La New3DS n’a fait aucun miracle : l’embellie a tôt fait de retomber une fois tous les fans hardcore de la marque équipés de leur nouvel objet de collection. Celle nouvelle version a eu bien peu d’applications concrètes et reste surtout achetée «pour la frime», en l’occurrence de rutilantes faceplates. Bref, ce n’était là qu’un sursis pour la 3DS en général, plus que jamais confrontée à la saturation et au désintérêt croissant des consommateurs.

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Les amiibos sont un succès, mais peut-être pas celui que la firme espérait. Faute d’application ludique convaincante, ces DLCs physiques surfacturés font les bonheur des collectionneurs, mais provoque l’indifférence chez le grand public. En effet, Nintendo pensait sûrement imiter le succès des Skylanders pour faire décoller sa machine, ce qui très clairement ne se traduit pas dans les chiffres. Par voie de conséquence, l’éditeur doit se transformer en marchand de jouets et multiplier les amiibos pour exploiter la passion des collectionneurs, et surtout le taux de marge qu’ils représentent. Nintendo entretient d’ailleurs savamment la pénurie pour que la hype ne retombe jamais, quitte à pénaliser les acheteurs incapables de trouver la figurine de leur choix au prix normal. Je demandais encore hier pour un amiibo Lukina, sur quoi ma boutique déclara qu’ils pouvaient la faire venir d’Allemagne… pour trois fois le prix.

Sur l’année fiscale, la firme de Kyoto a donc transité vers un modèle plus proche de l’époque GameCube : moins de folie de grandeurs, fin de la course folle aux casual gamers et recherche d’une meilleure symbiose avec son public, ce qui est une recette intelligente.

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Mais le constructeur souhaite-t-il vraiment garder cette cohérence? Sa prestation lors de cet E3 2015 est un désastre sans précédent. Le Digital Event, qui tient lieu de conférence, commence avec StarFox Zero, un shoot’em up genre jeu GameCube mal branlé, à l’action molle et aux environnements vides. Quitte à bousiller la licence en direct, Nintendo livre également la jaquette photoshopée de la honte. On voit déjà poindre la catastrophe. On enchaîne avec The Legend of Zelda TriForce Heroes, un jeu de réflexion en coopération un rien bateau, loin de l’épique Zelda WiiU montré l’an dernier, dont l’absence fait grincer quelques dents. Mais ce n’est rien comparé à Metroid Prime Federation Force, FPS sur 3DS tellement hideux qu’il a immédiatement déclenché une pétition demandant son annulation, du jamais vu… Le comble est atteint avec la coopération annoncée entre Sylanders et les amiibos, qui consistera à sortir d’autres amiibos spéciaux pour le prochain opus de la série d’Activision. Excitant… ou pas.

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On remonte la pente avec Fire Emblem Fates, qui si lui aussi fait figure de jeu PSOne première génération, aura heureusement d’autres grandes qualités à offrir. Sorti depuis presque 2 mois au Japon, Xenoblade Chronicles X n’impressionne plus guère, surtout que des rapports contradictoires jettent le doute sur sa qualité de grand JRPG. C’est Fire Emblem X Shin Megami Tensei (ci-dessus) qui surprend le plus. Non pas parce qu’il vient d’être renommé Genei Ibun Roku #FE, nom qui mettrait dans l’embarras n’importe quel linguiste japonais , mais parce qu’il devient un idol game avec de la J-pop à foison et semble-t-il du dating à tous les coins de rue. Parfait pour moi, mais le vieille garde conservatrice est foudroyée. En outre, le jeu n’a pas l’air de savoir modéliser des PNJs…

Surviennent ensuite un crossover entre Paper Mario et Mario&Luigi, Yoshi’s Wolly World, un portage 3DS de Hyrule Warriors que personne n’a demandé, et une version WiiU de Mario Tennis, qui confirment que la boîte à idées est bien vide. Au moins, toutes les repompes auront été faites d’ici l’arrêt de la WiiU, qui approche clairement à grand pas. Entre-temps, l’éditeur introduit pour la première fois son gros atout : Yôkai Watch, dont le potentiel de Pokémon-like pourrait bien relancer la 3DS hors du Japon. Mario Maker se montre alors longuement, beaucoup trop longuement pour une conférence qui a d’urgence besoin d’une grosse surprise pour sauver les meubles. Il n’en sera rien, tout cela se finit sur une discussion époustouflante entre Miyamoto et quelqu’un d’autre sur le bonheur intrinsèque de créer des niveaux 8-bits. Personnellement je n’imagine personne se passionner pour la création de niveaux 8-bits. Les fans de longue date de toute façon voulaient un vrai Mario 3D et bouderont largement ce logiciel, surtout vu comme le constructeur s’est moqué d’eux avec cet événement, et un casual gamer parcourt à tout casser 3-4 niveaux dans un Mario moyen, alors les créer…

Une vidéo très mal rythmée, avec en guise de présentateurs un remake du Muppet Show qui provoque chez moi des crises de fou rire à chaque fois que j’y repense, tant l’idiotie de la chose tranche avec les attentes d’un salon comme l’E3. Avec une performance aussi faible, la firme japonaise admet son impuissance à concurrencer les blockbusters comme Fallout 4, Deus Ex Mankind Divided, The Division ou tant d’autres jeux de gros calibre présents sur le salon. Son line-up de fin d’année est une paille et sera broyé par la déferlante des jeux PS4 et XboxOne. Nintendo n’a pas parlé efficacement aux gamers et a brisé le cercle vertueux initié l’an dernier. Il s’est totalement décrédibilisé pour les mois à venir, à moins que ce soient là les prémices d’un effondrement plus global.

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