PS4, l’imparable stratégie

Sony stratégie

La guerre a commencé, ou plutôt recommencé. Chaque nouvelle génération est une lutte pour le pouvoir vidéoludique. N’en déplaise à ceux qui déplorent ou réfutent l’existence des «camps» favorables à l’un ou l’autre des constructeurs, les observateurs sont nombreux à se presser pour commenter le moindre chiffre, porter en triomphe le vainqueur et mettre à mort le perdant.

Toutes les données publiées depuis la mi-novembre, et particulièrement les chiffres de NPD pour les États-Unis sortis il y a quelques heures, ont confirmé l’extraordinaire dynamique de la PS4. 2,1 millions de consoles vendues au 1er décembre sur seulement 2 des 3 grands marchés, le lancement le plus massif de tous les temps. Avec 2 millions de machines vendues au 8 décembre, la XboxOne est toutefois juste derrière et ce n’est que dans les détails qu’on peut les départager.

Premièrement, la PS4 s’est davantage vendue que la X1 en novembre aux US, et ce malgré un Black Friday défavorable et la ferme domination de la 360 sur la génération précédente. Autre élément important : la PS4 souffre de ruptures quasi-généralisées. Amazon n’a aucune PS4 à vendre avant janvier. En Europe, vous avez plus de chance d’apercevoir le Monstre du Loch Ness qu’une PS4. A l’inverse, de nombreux témoignages font état de X1 en rayon un peu partout dans le monde, notamment aux US, et pour ma part j’en ai vu dans le 13e. Ensuite, il est intéressant d’observer les parts respectives des deux machines sur les jeux du lancement : tous les jeux ont été davantage achetés sur PS4, y compris les jeux de sports très américains. Idem pour CoD Ghosts et Battlefield 4, malgré une campagne de pub en association avec Microsoft et des exclusivités temporaires sur les DLCs. En Europe, l’écart est considérable. Les ventes de X1 se sont effondrées de 75% en 2e semaine. La PS4 devraient se maintenir davantage dans la mesure où toute machine posée sur un rayon est prise aussitôt. En Espagne, il se vend trois fois plus de PS4 que de X1 (c’est aussi le pays où la part de la PSVita est la plus forte, donc ce n’est guère étonnant). En Angleterre, où la 360 règnait en maître, le lancement de la PS4 a éclipsé celui de sa rivale. En Allemagne lors de la sortie de la X1, les deux jeux next-gen les plus vendus étaient… FIFA14 et ACIV sur PS4! Les allemands ont préféré contempler la boîte du jeu PS4 pendant une semaine plutôt que d’y jouer sur XboxOne (rires)! Pas la peine de s’éterniser sur la WiiU : avec seulement 220 000 machines vendues aux Etats-Unis dans le mois le plus important de l’année, elle si dirige tout droit vers la retraite anticipée. Il est d’ailleurs amusant de voir que Sony écoule ses machines quasiment sans faire de pub alors que ses concurrents inondent les chaînes de spots publicitaires sans pouvoir rivaliser en magasin. Mais ça, vous le savez peut-être tous déjà. Alors je vais mettre un peu de valeur ajoutée à cet article et abordant une question essentielle : pourquoi?

La X1 n’avait-elle pas le line-up exclusif qui tue? Mario 3D World n’était-il «le jeu meilleur jeu next-gen» comme beaucoup de prétentieux aiment le clamer? La 3DS ne devait-elle pas voler la vedette avec son petit prix et ses nombreux hits? Déjà, il faut arrêter de prendre les consommateurs pour des idiots en pensant qu’il vont faire leur choix juste en fonction du line-up qu’ils ont devant le nez. Non, personne n’achète une console à 300, 400 ou 500€ juste pour jouer à Noël. Les joueurs réfléchissent dans la temporalité : ils analysent le passé, le présent et le futur. 

Le présent d’abord, il s’agit bien évidemment en partie du line-up de lancement, c’est donc un léger désavantage pour Sony. On y trouve aussi la technologie : la PS4 est perçue comme plus poussée car entièrement dédiée aux jeux, la WiiU est éliminée car on ne vend pas la technologie actuelle au prix de la nouvelle. Il y a le prix, ou plutôt le rapport qualité/prix car les joueurs placent en la PS4 beaucoup plus de valeur que dans la WiiU, et il y a le discours. Sur ce plan, Sony a remarquablement joué son coup : refus du compris avec la casual gaming ou l’entertainment quand Nintendo n’a de cesse de daguer les mères de familles et que Microsoft partait d’entrée avec son «TV,TV,TV!», soutien (sincère ou pas) au marché de l’occasion alors que Microsoft travaillait à sa disparition, accent mis sur le partage et éloge des indés. Bref, tout ce qui est doux à l’oreille des early adopters.

Le futur maintenant. A quoi vais-je jouer dans 6 mois, 1 an, 2 ans? On élimine encore directement la WiiU : désengagement total des éditeurs tiers, une demi-douzaine d’exclusivités plus ou moins majeures… Tout cela ne pèse pas bien lourd face à Destiny, DriveClub, The Witcher 3, The Order 1886, Titanfall, Star Wars Battlefront, Infamous Second Son, Quantum Break, Elder Scrolls Online, FFXV, Mirror’s Edge 2, Mass Effect 4, Kingdom Hearts 3, The Division, Thief, Metal Gear Solid 5 pour ne citer évidemment que les principaux. Entre la PS4 et la X1, la frontière est plus ténue : Infamous, DriveClub, FFXIV, The Order, Deep Down et un lointain Uncharted feront face à Titanfall, Quantum Break, Project Spark, Halo 5 et Sunset Overdrive.

Churchill disait «plus vous saurez regarder loin dans le passé, plus vous verrez loin dans l’avenir». C’est en substance ce que va faire le joueur, et c’est là le point le plus important. Qui a eu le plus d’exclusivités? Qui a eu les meilleures? Quelle console a délivré les meilleures expériences? Nintendo sort encore une fois immédiatement de l’équation : Red Dead Redemption, Mass Effect, Battlefield, Uncharted, Naruto, Assassin’s Creed, Final Fantasy, Gran Turismo, Forza, Gears of War, Crysis, Remember Me, Metal Gear Solid, Halo, Skyrim, Tekken, Bioshock, Dead Space, Call of Duty (car oui pour beaucoup c’est une expérience irremplaçable), tout ça, ça se passait plutôt dans le camp d’en face. Mario et Zelda ne peuvent pas tout. Après, Sony a eut deux atouts pour se différencier. Le jeux japonais en règle générale, car beaucoup de petites séries qui n’ont qu’un faible poids commercial mais un haut degré de fidélisation sont maintenant durablement arrimé à l’écosystème Playstation. On y trouve notamment Tales of, Atelier, Hyperdimension Neptune, Drakengard, Yakuza, Valkyria Chronicles, Persona, Disgea en plus d’IPs récentes comme The Witch and The Hundred Knights ou Toki Towa. Tout cela ne concerne qu’un nombre limité de fans, mais ça joue dans l’image du constructeur. Sur le même registre, je considère qu’il y a des jeux que j’appellerai des jeux «à image» : Tearaway, Pupetter, Rain, The Unfinished Swann, Journey, Beyond sont de ceux-là. Ce sont des jeux qui je crois ne sont pas pensés pour être des succès commerciaux (ils ne le sont pas d’ailleurs) mais pour faire progresser l’image de marque du constructeur. Même si le joueur n’a pas acheté ces titres, il en a beaucoup entendu parler. Il va alors inconsciemment associer l’image de Sony avec des concepts positifs comme la prise de risque, l’innovation, l’art, la poésie etc. C’est une une théorie personnellement mais je pense que quelque part elle existe. Signalons également le cas de The Last of Us qui cumule succès critique, succès commercial et originalité : il est pour beaucoup dans les choix futurs que les joueurs vont faire. Et puis il y a le comportement des constructeurs. Microsoft et Nintendo ont pillé les licences des autres pour tenter de s’imposer, et ils ont trompé les joueurs par dessus le marché. Microsoft a menti sur Star Ocean 4, il a menti sur Tales of Vesperia. Nintendo a menti sur Rayman Legends, il a menti sur Ninja Gaiden 3 Razor’s Edge. Les joueurs se souviennent de cela, pourquoi leur feraient-ils confiance une nouvelle fois? Ce n’est pas un hasard si Microsoft est aussi discret sur la sortie japonaise de la X1 : les japonais sont prêts à leur faire payer ça au centuple. Petit détail : aucune exclusivité PS3 n’a été temporaire, jamais.

Sony a pris un coup sur la tête avec la PS3. Il a appris a ses dépens qu’on ne gagne pas une génération en se reposant sur ses lauriers. Le constructeur japonais a eu fort à faire pour redresser la barre et préparer l’avenir. Réfléchissant plus que jamais sur le long terme, Sony a tissé sa toile ces dernières années pendant que ses concurrents se reposaient sur leurs acquis et redéployaient des stratégies éculées. La next-gen, qui est maintenant la current-gen, n’est pas encore finie. Elle n’a peut-être même pas vraiment commencé, mais Sony a d’ores et déjà placé ses pions de façon à mettre en échec ses adversaires de tous les côtés.

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