France-Japon, la rupture vidéoludique

france japon

Encore dans les nuages du palpitant Tokyo Game Show 2013 auquel j’ai eu la chance d’aller, je ne peux m’empêcher de trouver le retour à la réalité vidéoludique française un peu difficile. Je lis ici et là et il semble que le consensus général conclue à une édition 2013 pauvre, à au Japon renfermé sur lui-même et ayant presque déjà quitté la partie.

En regardant le TGS 2013 de Gameblog, j’ai l’impression que malgré les dizaines de milliers de personnes autour de moi, j’en ai vu autant sinon plus en une journée public que des envoyés spéciaux durant leurs deux confortables journées presse. Pire, le discours est hautain et alarmiste, comme s’il n’y avait plus rien à en tirer. Je ne comprends pas : Gameblog à encore récemment reconnu l’extraordinaire capacité des japonais à divertir à travers les tests de Final Fantasy XIV et Project Diva F. Le discours à géométrie variable de JulienC me laisse songeur. Ils ne sont pas les seuls à être flous : la couverture du salon par jv.com ou jv.fr est elle aussi très parcellaire, le nombre d’articles ridicule. Gamekult quant à lui estime que l’annonce de Hyperdimension Neptune Rebirth 2 montre un Japon «de plus en plus renfermé sur lui-même». Il y a erreur sur la personne : jusqu’à maintenant, tous les Hyperdimension Neptune sont sortis en Europe. Personne n’a joué à God Eater 2 en dépit de son stand particulièrement visible. En moyenne, il n’y a qu’un seul jeu essayé par stand, deux dans le meilleur des cas. Hormis Gamekult qui les a presque toutes faites, les news comme les vidéos arrivent en ordre dispersé et ne permettent pas au lecteur de se faire une réelle idée de ce qui était présenté au salon, donc de ce qui se jouera sur l’archipel dans les 6 prochains mois. La rédaction de Jeuxactu, quant à elle, n’a carrément pas fait le déplacement cette année! Cela dit, il préférable de rester cohérent avec soi-même et ne pas y aller plutôt que de faire l’aller-retour simplement pour amuser la galerie.

Le Japon se renferme-t-il sur lui-même? Oui et non. Effectivement, une grande partie du salon présentait du contenu centré sur la production et le marché national. Cependant, cela n’empêchait pas une grande mise en valeur de jeux bien de chez nous comme GTAV, Battlefield 4 ou encore FIFA13. Il faut aussi voir que malgré es différences culturelles, le Japon sait encore très bien exporter ses jeux : Ni no Kuni, Fire Emblem Awakening, Tales of Xillia ou encore One Piece Pirate Warriors 2 sont des succès en occident. Combien de jeux occidentaux peuvent en dire autant dans l’archipel? Et cela ne s’arrête pas avec le TGS 2013 : Jojo’s Bizarre Adventures et Atelier Escha&Logy viennent d’être annoncés chez nous (info elle aussi passée à la trappe). Que demande-t-on alors? Que les développeurs japonais s’occidentalisent de nouveau pour que tout le monde joue à la même chose? Veut-on plus de désastres financiers comme Tomb raider ou Lost Planet 3, d’autres escroqueries ludiques come Alien Colonial Marines? Non, le Japon réforme son marché intérieur en se concentrant sur sur ce qu’il sait faire et en perfectionnant ses modèles économiques, tout en échangeant avec les autres pays beaucoup plus qu’on voudrait nous le faire croire.

Alors oui, c’est vrai, la France comme l’occident en général n’a probablement plus besoin du Japon. Les long-sellers sont toujours les mêmes : sport, action, aventure et FPS, des trucs locaux quoi… Quelques dizaines de milliers d’exemplaires ici et là sont trop peu en regard du grand marché. Enfermée, c’est bien le cas, dans la spirale des quadruples A occidentaux, la France a cessé de regarder le Japon. Il n’y a plus d’envie de Japon, le divorce est bel bien entamé, ce TGS n’en est que la confirmation noir sur blanc. Je vais peut-être vous surprendre, mais il n’y a aucun problème avec ça : chacun, après tout, joue à ce qui l’intéresse et c’est normal. Néanmoins, la France ne devrait pas en faire une raison pour nier l’existence du Japon en tant que créateur d’expériences ludique, de faire comme si tout cela n’existait plus. Pas plus que la presse n’a le droit d’exhorter le Japon à plus «d’inventivité» quand elle-même met systématiquement 4 étoiles au premier remake HD venu, ou aux FIFA/Assassin’s Creed sans fin.

La fracture entre le Japon et la France est latente depuis le début de cette génération. La nouvelle ne fera probablement qu’agrandir la fissure tant les philosophies de développement et de jeu sont divergentes. Ce n’est ni bien ni mal, c’est juste ainsi. Il est juste attristant que la France, hantée par la surpuissance du gaming occidental, refuse de voir le Japon juste parce qu’elle ne le regarde pas.

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