関ヶ原,日本の歴史が変わったその場所 (Sekigahara, le tournant de l’histoire japonaise)

Sekigahara panel

En ce 14 septembre, j’entreprends de fuir la folie Monster Hunter 4, presque aussi pénible que la folie GTA5 (quoique GTA5 lui au moins a la bienséance d’être multi-support). Pour cela, rien ne vaut un endroit un peu perdu dans la lande japonaise.

Sekigahara a

Parce que Sekigahara, c’est la campagne, et de la bonne! Les rues sont vides, on se croirait dans une ville du Far West un jour de duel. Le poumon économique de la ville est le combini du coin, a priori le seul endroit à vendre de la nourriture dans la zone autour de la gare. On croise néanmoins quelques mordus d’Histoire venus, comme moi, satisfaire leur soif de connaissances.

Kyosha jinja b

Avant de plonger dans les méandres de l’Histoire, je prends de forces en mangeant un bento à proximité d’un temple non loin de là.

Sekigahara c

Riche idée que j’ai eue, car le Folklore Museum allait me donner du travail. Ce musée est consacré à la bataille de Sekigahara, la plus importante de l’histoire japonaise, et fourmille de détails à sont sujet, avec moult cartes et descriptions pour en comprendre les tenants et les aboutissants. Problème : personne n’a eu la bonne idée de traduire et les photos sont interdites. Il faut donc déchiffrer les encarts un par un, comprendre où ça se situe sur la carte, et tout noter avec un bon vieux papier/crayon. Deux heures plus tard, je peux dire avec une certaine précision de quoi il retourne.

A droite, l'emblème de Ieyasu. A gauche, celui de Matsunari.

A droite, l’emblème de Ieyasu. A gauche, celui de Mitsunari.

A la toute fin du 16e siècle, Toyotomi Hideyoshi, l’homme fort du Japon et un des grands unificateurs du pays, offre les provinces du Kantô (centre du pays qui comprend l’actuelle ville de Tokyo) à Tokugawa Ieyasu pour son aide dans la campagne contre les Hôjô. Ieyasu, qui a déjà trahi Hideyoshi une fois, est désormais le daimyo le plus puissant du pays et attend l’heure où il pourra prendre le pouvoir suprême. Ce moment vient avec la mort de Hideyoshi : Ieyasu marche alors vers Osaka pour prendre le château où se trouve le jeune fils de Hideyoshi, Hideyori, et ses régents qui ont le contrôle politique du pays. Les différents daimyos sont divisés : certains chefs de guerre n’ont pas un bon souvenir de Hideyoshi et se rallient à Ieyasu. Ceux qui sont fidèles à la famille Toyotomi, à commencer par le brillant administrateur Ishida Mitsunari, qui commandera l’armée d’opposition.

800px-Batalla_de_Sekigahara_inicial.svg

Mitsunari (dont les forces en bleu sont communément appelées «armée de l’Ouest») apprenant que Ieyasu est en route, se prépare à lui barrer la route. Les deux armées se rencontrent à Sekigahara le 21 octobre 1600. Quand la visibilité devient suffisante, les forces de Ieyasu («l’armée de l’Est» en rouge) chargent les lignes de l’Ouest, il est 9h du matin. Le front ne bouge pas pendant deux longues heures. A 11h, l’Ouest a clairement l’avantage et Mitsunari cherche à en profiter pour encercler son adversaire. Il envoie donc des instructions à Kikkawa, Mori et Kobayakawa, respectivement postés sur les monts Nangu et Matsuo (en jaune sur la carte), d’attaquer l’arrière et les flancs de l’Est. C’est là que les choses tournent mal pour les bleus, car aucun des trois ne bouge. Kikkawa avait été approché par Kuroda (un des leaders de l’Est) et, estimant que Ieyasu l’emporterait, promis sa neutralité en échanges de domaines. Mori, à priori bloqué par Kikkawa stationné devant, ne pu répondre à l’appel du devoir. Kobayakawa lui aussi était secrètement avec Ieyasu, mais voyant qu’il n’y avait aucune progression de part et d’autre, il resta hésitant.

Ieyasu va lui forcer la main : il ordonne des tirs de sommation sur la formation de Kobayakawa, afin de lui rappeler ses obligations. Pour l’anectode, précisons que quelques 3000 fusils furent utilisés ce jour-là, principalement par l’Est qui s’était assuré de contrôler les lieux de fabrication. Il est midi et Kobayakawa attaque alors Otani par les flancs. Déjà aux prises avec les rouges devant lui, le groupe de Otani est enfoncé et celui-ci s’ouvre le ventre en voyant l’étendue du désastre. Le flanc de groupe bleu principal, celui de Ukita, est maintenant complètement à découvert. Ukita résiste depuis la matinée au assauts de Fukushima et n’a donc aucun moyen de briser l’encerclement. Il s’effondre à 14h. La bataille est alors perdue pour l’Ouest et Mitsunari sonne la retraite (vers le Nord-Ouest). En vain : il sera rattrapé et exécuté quelques jours plus tard à Kyoto.

Restent Shimazu Yasuhiro et son neveu Shimazu Toyohisa. Eux non plus n’ont pas fait beaucoup d’efforts (apparement à cause d’un différent entre Yasuhiro et Mitsunari). Quand tout est perdu, Yasuhiro tente de se suicider. Son neveu le convainc qu’une fuite est possible. Ils se replient donc avec leurs hommes, mais au Sud-Est, dans le sens inverse! Il passent donc juste en face du quartier général de Ieyasu! Médusées, les troupes de l’Est stationnées là leur donnent la chasse. Le général Honda entre alors dans un violent combat avec les fuyards et Toyohisa tombe en couvrant la fuite de son oncle. Yasuhiro arriva sain et sauf dans son fief de Satsuma, où il ne fut plus jamais inquiété.

Trois plus tard, Ieyasu s’autoproclame Shogun et devient le maître absolu du Japon. Il ouvre ainsi l’ère du Shogunat Tokugawa, période de relative stabilité politique qui garantira la paix pendant plus de 250 ans, mais au prix d’une autarcie dont le réveil sera difficile quand l’Occident viendra frapper à la porte de l’archipel en 1854. Il est assez clair que ce sont davantage les talents de négociateur et l’habilité politique de Ieyasu, plus que sa stratégie, qui lui ont permis de l’emporter. La fragilité de la coalition de l’Ouest et ses dissensions internes lui auront été fatales. Malgré tout, je ne peux m’empêcher de ressentir une certaine sympathie pour la pauvre Mitsunari, qui avait la meilleure stratégie et un but plus noble. Mais voilà, dans la vraie vie, ce ne sont pas toujours les gentils qui gagnent. 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s