松本,蕎麦以外は? (Matsumoto, ville du soba)

C’est un express confortable qui me conduit à Matsumoto, l’occasion d’expérimenter une bouteille de saké d’un genre nouveau. En effet, une fois ouverte, elle ressemble à n’importe qu’elle bouteille d’eau, et permet donc de boire dans les transports publics sans passer pour un alcoolique.

A Matsumoto, il fait juste 38°C. Heureusement que nous sommes au NORD de Tokyo, car je me demande ce que ça aurait donné dans le cas contraire. Par cette température, on remercie le ciel que l’hôtel ne soit qu’à 500m de la gare…

Une fois de plus, la chambre n’est pas prête. Il faut donc repartir dans cet enfer. Par bonheur, la (très grande) librairie Maruzen est ouverte (et climatisée). S’ensuit donc une heure de recherche de toutes sortes de références, qui occupe largement jusqu’à l’heure de prendre possession de la chambre. La nuit tombée, je décide d’aller manger. Mais Matsumoto n’est pas vraiment une ville nocturne : à 20h, il n’y a presque plus personne en ville et la plupart des magasins, restaurants compris, sont fermés. Ceux qui sont ouverts ne pas spécialement accueillants, car on n’a souvent pas la moindre idée de ce qu’il servent.

Le lendemain, visite du château de Matsumoto, qui est d’un grand intérêt : très bien conservé, il est aussi riche en faits historiques. C’est le seigneur Ogasawara qui bâti au 16e siècle le château de Fukashi, qu’il renommera plus tard en Matsumoto. Durant le règne de Toyotomi Hideyoshi, c’est le clan Ishikawa qui reçoit le domaine de Matsumoto, et complète la construction du château jusqu’à sa forme finale. Après le restauration Meiji, les japonais avaient tendance à mettre derrière eux les vestiges du régime shogunal. Le château devait donc être démantelé, vendu, voire détruit. C’est sans compter les efforts de Ryozo Ichikawa et autres résidents courroucés, qui obtiennent que la ville reçoive la propriété du bâtiment. Le château connaît alors une longue et inégale période de restauration, qui se finit en 1999 par l’achèvement de la nouvelle Taiko-mon. Il y a une légende entourant le château : en 1618, une déesse de la nuit serait apparue à des vassaux et aurait promis protection et prospérité en échange de 600kg de riz par mois (c’est une méthode de yakuza mais bon…). Tradition effectivement poursuivie jusqu’à l’ère Meiji, époque à laquelle les problèmes commencent…

Un des étages est entièrement consacré aux arquebuses. Cette arme introduite par les portugais sur l’île de Tanegashima (ledit fusil étant encore souvent appelé comme tel au Japon) a considérablement changé le cours de l’histoire du pays. Intrigués par cette découverte, plusieurs ingénieurs ramenèrent les plans sur l’île principale afin de construire l’objet à plus grande échelle. La période est propice à ce genre de commerce, car le Japon est en pleine guerre civile. Intéressé par ses étonnantes propriétés meurtrières, le clan Tokugawa/Nobunaga décide d’en équiper massivement sur armée. Fort bonne intuition, car en 1575, leurs quelques 3000 arquebusiers s’avèreront décisifs dans la victoire contre les Tekada au cours de la bataille de Nagashino. Après des offensives destinées à attirer la cavalerie des Takeda, les arquebusiers, placés en plusieurs rangées successives et protégés par des palissades, font un carton dans les rangs adverses. La cavalerie est presque anéantie en arrivant sur la ligne de front et n’a pas les ressources nécessaires pour percer les flancs. Plus tard, en 1637, la révolte de Shimabara rappelle au Shogunat l »importance de cette arme qu’ils ont contribué à diffuser un peu partout : les paysans locaux, ainsi que les chrétiens persécutés, prennent les armes et se retranchent dans le château de Hara. Le shogun envoie alors 125,000 hommes pour mater la rébellion, en plus de demander l’appui d’un navire hollandais. Rien n’y fait, car les assiégés, très bien armés, causent de lourds dommages aux troupes gouvernementales et résistent plusieurs mois avant de tomber à court de vivres. A partir de ce moment, le pouvoir central mettra en place un contrôle strict de la distribution des armes à feu.

Autre détail important, on apprend qu’à cette époque, les femmes participaient déjà à l’économie de guerre, dans la fabrication des balles en plomb ou des mèches destinées à provoquer la détonation.

Vous avez sûrement déjà vu ce poisson très étrange : c’est un animal du folklore japonais appelé Shachihoko (). Ayant une gueule de tigre et le corps d’un poisson, il est censé pouvoir aspirer et relâcher d’énormes quantités d’eau à l’envi. C’est donc une sorte de divinité tutélaire protégeant des incendies, et c’est pourquoi il est très souvent représenté au sommet des châteaux.

Après ce cours intensif, il est temps d’aller manger. Quoi de mieux que l’allée ultra-touristique appelée nawate-doori? Problème : il est à peine 18h, et tout est déjà fermé ou presque.

Tout ce que j’ai pu tirer de ce lieu pourtant très connu est ce délicieux Taiyaki. Mais ça fait huit heures qu’on marche et il faut trouver quelque chose de plus consistant, de préférence autre chose que du soba. Les sobas sont la spécialité de la ville et ils ne servent que ça… J’en ai mangé la veille (c’était bon), et il faut tourner une bonne demi-heure aux alentours du château pour trouver un bête izakaya qui sert sushis et karaage.

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