L’irrésistible ascension de Hatsune Miku

Quel est le point commun entre une moto, la musique, windows et le web communautaire? Non, ce n’est pas Johnny Hallyday, mais vous n’êtes pas loin. Il s’agit de quelqu’un qui fait le même métier, mais qui n’existe pas. C’est une chanteuse qui a des centaines de milliers de fans, mais qui ne gagne pas un rond. Une idole vénérée par beaucoup, mais qui s’offre à tous. On présente souvent Hastune Miku comme une star virtuelle créée pour faire le bonheur des otakus, mais c’est faux. Car Hatsune Miku, à l’origine, c’est CA :

Keskisspasse? Le 31 août 2007, Crypton Media, une entreprise spécialisée dans les logiciels musicaux basée à Sapporo, commercialise un logiciel de synthèse vocale se basant sur le système VOCALOID2 développé par Yamaha (oui, ceux qui font les motos, mais aussi d’excellents instruments de musique). Crypton le nomme Hatsune Miku (初音未来), littéralement “premier son du futur”. Pour différencier son produit, la firme demande au génial illustrateur KEI de créer un personnage féminin pour mettre sur la jaquette. Boum. A cette époque, on estimait qu’un logiciel était un succès à partir de 1000 exemplaires vendus à l’année. En 2 semaines, Hastune Miku était déjà entre 3000 et 4000. Et ce n’était qu’un début…

Il existe au Japon un site assez réputé pour accueillir des clips musicaux amateurs, appelé NikoNiko Dôga. A partir du 31 août, ce site est envahi par des milliers d’utilisateurs venus exhiber leurs créations, accroissant encore la popularité du phénomène Hatsune Miku. Le fait est que Crypton ne limite pas et même encourage l’utilisation non-mercantile de l’image du personnage. Le fabriquant met ainsi en avant le caractère communautaire de son logiciel, allant jusqu’à refuser les offres d’adaptation en anime avec lesquelles les producteurs TV accouraient déjà en septembre 2007! Qu’on se le dise, Hatsune Miku appartient à tout le monde et chaque utilisateur est libre d’avoir sa propre vision du personnage.

hachune miku, un des personnages dérivés créés par les fans

A mesure que le temps passait et surtout que le nombre de créations augmentait, le problème des droits a fini par se poser de façon pressante, car les utilisateurs pouvaient réutiliser les créations de leurs confrères a l’envi, ce qui ne fait pas toujours plaisir. Les karaokés commençaient également à utiliser les morceaux le plus populaires pour leur business, au grand dam de créateurs indépendants qui les avaient montés par passion. A la suite d’une grande concertation, Crypton a mis en place un système permettant à n’importe quel utilisateur qui le souhaite de se réserver les droits d’exploitation du clip qu’il réalise dans son garage le dimanche matin. Il lui faut pour cela passer un contrat avec Crypton (pour l’utilisation lucrative du nom Hatsune Miku) et un label musical comme Enterbrain, Sony Music, 5pb, etc.

Se développe alors une gigantesque économie parallèle que ne renierait pas Benoît Hamon, notre ministre de l’économie sociale et solidaire : si vous tapez Hatsune Miku dans Itunes, vous obtenez 1600 résultats. MILLE-SIX-CENT! (et encore, sans compter les personnages secondaires, Kagamine Rin&Ren et Megurine Ruka). A titre de comparaison, «Madonna» en tant qu’artiste ne renvoie que 625 morceaux! KEI, l’illustrateur officiel de la chanteuse virtuelle, a même commencé un manga qu’il prend le soin de qualifier de «non officiel» afin de ne pas déroger à l’impératif communautaire. Des concerts ont même été donnés (par projection holographique) au Japon, en Asie et aux Etats-Unis. Je passe sur les partenariats avec les écuries automobiles, les société de transport ou l’aérospatiale pour en arriver au gros morceau qui sont les jeux vidéos dérivés. Edités par SEGA, la série de jeux de rythme Project Diva sur PSP reprend les morceaux les plus populaires, ainsi que des personnages et des costumes originaux créés par des particuliers (avec l’implication des différents auteurs évidemment). Depuis 3 ans, chaque épisode réalise entre 300’000 et 400’000 ventes hors dématérialisé au Japon. Et avec 20-30 morceaux par jeu, SEGA peut encore en faire pendant une paire d’années! En 2012, Project Diva revient avec une version optimisée pour la PSVita. Regardez juste comme c’est bô :

En y réfléchissant bien Hastune Miku est la star parfaite : elle ne se drogue pas, n’a pas peur des paparazzis, ne fait jamais grève, ne prend jamais de vacances et surtout, ELLE NE VIEILLIT PAS! Ce n’était donc qu’une question de temps avant que le phénomène ne pénètre en occident, avec on l’a vu une présence sur Itunes, à la Japan Expo et à l’E3, mais surtout par l’ouverture il y a quelques mois d’un portail en anglais où tout un chacun peut trouver gratuitement toute sorte de contenus liés à la diva. Idéal pour s’initier, le site propose en particulière un très riche sélection de clips, dont voici un exemple graphiquement époustouflant (admirez le travail de calligraphie).

Source : le wiki japonais sur Hatsune Miku et les droits dérivés. Et croyez-moi c’était pas de la tarte, j’ai mis 3h à lire tout ça! Probablement le texte en japonais le plus dur que j’ai jamais vu après Natsume Sôseki…

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