La 3DS, casual malgré elle

Quand la 3DS est sortie en mars 2011, la relation entre Nintendo et les hardcore gamers était déjà très détériorée par plusieurs années de politique casual. Le lancement de la 3DS était donc l’occasion rêvée de donner un nouveau départ à cette relation, un peu comme dans une thérapie de couple.

Nintendo s’était d’ailleurs plutôt bien débrouillé, car l’accent avait été mis sur des titres comme Street Fighter IV 3D, Zelda the Ocarina of Time 3D, Dead or Alive Dimensions ou encore Metal Gear Solid 3D. Le lancement fut un succès, et tout le monde semblait heureux… mais un problème est vite apparu : la thune. Nintendo, devenu très dépendant des casual-dollars, ne peut se satisfaire d’un public composé uniquement d’utilisateurs hardcore, la croissance du parc de machines étant bien trop lente. Dans leur stratégie, ils avaient probablement estimés que les possesseurs de DS les plus occasionnels sauteraient sur la nouvelle machine à la simple évocation du mot «3D». Mais à 250€, la magie n’a pas fonctionné.

Acculé par des prévisionnels désastreux, la firme de Kyoto négocie un virage à 180°. La première mesure d’urgence est la baisse de prix, énorme (de 30 à 40% selon les pays), de la portable. La deuxième chose est l’accélération du développement des jeux mario, afin qu’ils soient prêts pour Noël et qu’ils puissent atterrir des les chaussettes des enfants le 25 décembre. Nintendo avait sciemment remisé ces jeux au placard pour la sortie de la console, afin de laisser un peu d’air aux éditeurs tiers (ces derniers n’en ont pas profité, car la majorité de leurs jeux ont bidé), mais tous les indicateurs étaient au rouge. Les jeux gamers ont bien évidemment cessé d’exister dès ce moment, car les les jeux mario ont tout écrasé sur leur passage, y compris les espoirs des pauvres éditeurs tiers qui n’ont eu que les os de la dinde de Noël à se mettre sous les dents. Des jeux comme Ace Combat Assault Legacy, Metal Gear Solid 3D ou Shinobi ont été lancés dans l’anonymat le plus total.

Nintendo a bien essayé de sauver les meubles en finançant la campagne promotionnelle de certains jeux tiers comme Resident Evil Revelations, Tekken 3D, ou encore Heroes of Ruin, mais l’intérêt du public ne s’achète pas. Nintendo France ne manque jamais de préciser que Resident Evil Revelations a eu des notes très élevées dans la presse et c’est l’un des épisodes les plus appréciés, mais ils se gardent bien de dire que le jeu n’a pas fait long feu dans le top des ventes : le jeu n’apparaît même pas dans le top 100 US. De la même manière, Tekken 3D et Heroes of Ruin se sont effondrés dès leur troisième semaine de commercialisation, souvent après un lancement discret : Tekken 3D ne s’est vendu qu’à 80’000 ex. sur l’ensemble du globe, tandis que Heroes of Ruin totalise lui 50’000 unités. A l’inverse, Mario 3D Land et Mario Kart 7, auxquels s’est récemment rajouté Mario Tennis Open, sont en permanence en tête des ventes depuis leur lancement en fin d’année dernière. Ils se sont vendus respectivement à 6,27 millions et 5,79 millions d’ex., ce qui représente 12 fois le score de Revelations.

Et encore, 2/3 des ventes de RE Revelations proviennent du Japon, où la part des utilisateurs casuals est plus réduite. Certains jeux parviennent à briser le mario-monopole, comme Monster Hunter 3G qui dépasse le million ou Fire Emblem Awakening qui frise les 500’000. Accessoirement, les japonais disposent de beaucoup plus de choix que les occidentaux en termes de jeux 3DS.

Que va faire Nintendo maintenant? Pour le savoir, vous n’avez qu’à allumer la TV : un seul spot tourne en boucle, montrant un marmot débile jouant à Mario 3D Land avec son père. Les gamers ont compris le message : n’attendez aucun effort supplémentaire. Le line-up 3DS pour la seconde moitié de 2012 parle de lui-même : toujours du mario (New Super Mario Bros 2, Luigi’s Mansion, Paper Mario), du Disney (Kingdom Hearts, Mickey Castle of Illusion), encore du casual (Art Academy, Dr. Kawashima) et un Castlevania qui servira d’alibi gamer. Aucun projet éditeur tiers n’est prévu dans le futur pour l’occident, alors qu’il en sort 2 ou 3 par semaine au Japon. Ni Nintendo, ni les éditeurs concernés n’ont l’air chaud pour localiser Monster Hunter 3G, Senran Kagura, Bravery Default, Project X Zone ou Beyond the Labyrinth. Même Fire Emblem Awakening, retardé à 2013, est royalement ignoré : Nintendo ne l’a pas mentionné une seule fois lors de présentations ou de podcasts. Nintendo of America envoie néanmoins des tweets de temps à autre pour informer les fans de la lenteur du processus de localisation. Certains commencent d’ailleurs à perdre patience.

Le cas de Fire Emblem montre clairement une chose : les gamers sont des clients de seconde zone pour Nintendo. Les jeux innovants et les paris risqués ne sont plus à l’ordre de jour, seuls les licences dont le carton est garanti sortiront. Fini de travailler sur des niches aussi variées que segmentées, seul le grand public permet le rendement attendu dans les comptes consolidés. Nintendo a indéniablement fait un pas vers les gamers, mais a reculé aussi sec. C’était visiblement trop lui demander.

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