Le journalisme jeux vidéo est-il encore crédible?

A l’époque de la Megadrive, mes parents m’achetaient de temps à autre de nouveaux jeux. J’étais toujours fort content et ai passé de longs moments de plaisir sur Power Rangers (!!??), la série Sonic ou encore sur le toujours inégalé Dr. Robotnik Mean Bean Machine. Un jour cependant, j’ai eu un obscur jeu de Basket vraiment mauvais, et j’étais vraiment mal à l’idée que mes parents aient dépensé cet argent pour rien. Dès lors je me suis juré de toujours consulter les tests afin de ne pas faire d’erreur.

A l’époque des 32/64 bits, j’achetais donc régulièrement Player One. Malheureusement, la rédaction ne cachait pas sa préférence pour Nintendo et le magazine a coulé après une série de comparatifs désastreux qui a notamment fait l’erreur fatale de couronner Zelda Ocarina of Time face à FFVII. Un mois et un test de Metal Gear Solid baclé plus tard, Player One disparaissait des rayons. Bien fait pour eux, ils l’avaient bien cherché.

Après quelques années sur Joypad, un magazine plutôt pas mal, est arrivé l’ère d’internet et sa gratuité. Occupé par mes études, je n’ai pas spécialement beaucoup suivi jusqu’à récemment. La situation se dégrade brusquement fin 2010 avec en premier lieu le traitement honteux réservé à Gran Turismo 5 sur jeuxvideo.com. J’admets volontiers que GT5 n’est pas la tuerie annoncée, mais il ne mérite pas la vague haine qui s’est déchaînée à cette époque. Jeuxvideo.com essaye de se rattraper ces derniers temps car on constate un changement de ton très clair à l’égard du jeu de Polyphony, 1 an après sa sortie. Je reviendrais pas sur l’affaire FFXIII… et puis si car c’est la plus grande fourberie intellectuelle de ce siècle après le programme de Ségolène Royal. A sa sortie, Final Fantasy XIII a été noté 16, 17 voire 18 sur 20 par la plupart des sites qui reconnaissaient ses qualités en dépit des manque que l’on peut ressentir par rapport aux précédents Final Fantasy. Seulement voilà, à partir de décembre 2010, FFXIII a soudain été la cible de toutes les attaques, le jeu récoltant même parfois la titre de “jeu le plus décevant de l’année”. On entre alors clairement dans l’ère du journalisme girouette, qui change d’avis quand le vent tourne, quand bien même les lecteurs se prononcent majoritairement en faveur de Final Fantasy XIII. Voici ses scores :

  • jeuxvideo.com test 16/20, note des lecteurs 15/20

  • vgchartz test 9/10, note des lecteurs 8.1/10

  • gamespot test 8.5/10, note des lecteurs 8.4/10

  • IGN test 8.3/10, note des lecteurs 8.6/10

  • Metacritic 83/100, note des lecteurs 8.2/10

En février 2010, l’entreprise de démolition du JRPG continue dans la presse occidentale avec le test import catastrophique de Valkyria Chronicles 3 sur jeuxvideo.fr : le jeu est crucifié pour avoir recyclé quelques cartes et avoir (trop) augmenté la difficulté (par ailleurs plutôt bien dosée). L’excellent (car il l’est) Valkyria Chronicles 3 ne verra jamais le jour en occident, et les membres du Gallian Liberation Front n’apprécieront probablement pas cette malheureuse initiative de jeuxvideo.fr (ils sont les seuls à avoir fait un test import). Hyperdimension Neptune n’a pas plus de chance, car il est écharpé par la plupart des sites. Le fait est que ce JRPG novateur sur bien des points a été apprécié par ceux qu l’ont acheté, en dépit de ses défauts et de sa réalisation plus que moyenne. La question se pose alors : de quel droit la critique peut-elle broyer tel ou tel titre, sous prétexte qu’il ne remplit pas le cahier des charges du testeur? En juin 2010, j’étais vaguement intéressé par un jeu nommé Trinity Universe, mais en voyant le 11/20 de jeuxvideo.com, je décidai de reporter l’achat. Ayant finalement acheté et joué à ce jeu cet été, je me rends compte que le testeur a failli me faire manquer un excellent titre, car j’y prends un immense plaisir.

Car au final, celui-ci ne parvient pas a se défaire de son opinion personnelle. Xenoblade en est le meilleur exemple : il est placé au zénith par la plupart des sites “spécialisés”, qui ne relevent aucun défaut tellement ils sont sous le coup de l’impression qu’ils en ont. L’immonde Romendil de jeuxvideo.com va jusqu’à écrire avec un profond mépris que “Xenoblade donne une leçon aux RPGs HD qui privilégient la forme au détriment du fond”. Outre le fait qu’il est inacceptable de faire table rase de jeux comme Star Ocean 4, Resonance of Fate ou bien sûr FFXIII, Xenoblade n’est pas le JRPG ultime par sa trop grande facilité (il n’en demeure pas moins culte). Romendil n’a plus écrit sur jeuxvideo.com depuis (ce n’est probablement pas un hasard, bon débarras!), mais la relève n’est pas mieux : le JRPG HD est visiblement toujours l’ennemi car Atelier Totori prend 13/20 quand Dark Souls a 18/20. Le nouveau jeu de NISA est cloué au pilori pour l’absence de traduction française et des mécanismes jugés trop classiques. Hormis FFXIII et Resonance of Fate, aucun RPG au cours cette gen n’a apporté beaucoup d’originalité dans le gameplay, donc je ne pense pas que cela puisse constituer un point noir. Quant à la collecte des matériaux et les quête «qui se ressemblent toutes», n’est-ce pas également le cas de Xenoblade? Qu’on se le dise, en matière de JRPG comme en mathématiques, la répétitivité est acceptée et seuls les imperméables viendront lui jeter la pierre. Ceci tient donc plus de l’opinion que du véritable argument. L’absence de traduction est clairement décevante, mais beaucoup de Jrôlistes y sont habitués depuis plusieurs années. Pourquoi alors alors ne pas recourir à la double notation? Si j’osais un pronostic, je dirais que Dharn, trop émerveillé par Dark Souls (car il teste les deux), a finalement une sympathie très limitée pour Atelier Totori. Comble du comble, cet olibrius semble penser pouvoir définir avec exactitude ce qu’est un vrai fan de RPG japonais. Faire tester Dark Souls et Atelier Totori par la même personne me semble limite sur le plan déontologique, et on ne peut que regretter ce mélange des genres de la part de jeuxvideo.com.

On pourrait dire que je ne suis qu’un fanboy râleur, mais reste l’étrange l’affaire de Rage. Août 2010 : alors que toute l’attention est centrée sur Battlefield 3, jeuxvideo.com élit comme meillleur FPS du salon Rage. Pourquoi pas? Sauf que lorsque que l’on voit l’énorme opération de com’ de Rage sur jeuxvideo.com (difficile de regarder une vidéo sans voir une bande-annonce du jeu de Bethesda), on commence sérieusement à se poser des questions. La note finale de Rage (18/20) ne fait que renforcer les doutes sur l’objectivité l’honnêteté des journalistes de jeuxvideo.com, où décidément il n’y a pas un pour relever l’autre. Si on fait le bilan, on pourrait croire que le jeux à gros budget s’en sortent toujours étonnement bien, pendant que les “petits” jeux prennent cher pour laisser paraître un semblant d’objectivité.

Encore une fois, je ne suis pas là que pour gueuler. J’ai réfléchi et (je pense) identifié des points à améliorer. Premièrement, la note : je pense qu’elle est définitivement obsolète, car elle décide plus pour le lecteur qu’elle ne l’aide à se forger son propre avis (ce qui, selon moi, devrait être le but d’un test). Le texte doit être enrichi pour permettre au futur acquéreur (ou pas) d’identifier clairement les qualités et les défauts du titre sans être influencé par la note, qui n’est au final que la cristallisation de l’avis du testeur. Car voilà l’immense problème : les journalistes qui testent les jeux sont des humains comme nous. Ils sont influencés par leurs passions ou les budgets com’, et cela se ressent. Et lorsqu’ils tentent d’être parfaitement objectifs, ils deviennent des sans-coeur et ne pensent pas davantage au lecteur. L’idéal selon moi est la pensée de Kant : se mettre en place de tout autre [avant de juger]. L’amateur de WRPG comme Dark Souls ou le fan fou furieux de FPS ne jettera même pas un regard sur Atelier Totori ou Hyperdimension Neptune. Pourquoi alors élargir le spectre de clients à tous lorsqu’ils s’agit de jeux clairement destinés à un public de niche? Il faudrait davantage se mettre à la place des joueurs véritablement intéressés et se demander ce que eux et seulement eux pourraient penser d’un tel jeu, qui leur est en fait réservé.

Vgchartz l’a clairement compris et malgré quelques couacs comme sur le test de Goldeneye Wii (qui a plus de Black Ops, lol!) et une contradiction manifeste concernant FFXIII, le site anglo-saxon fait preuve de davantage d’ouverture d’esprit et fait tester les JRPG par un amateur de JRPG. Hyperdimension Neptune récolte un honnête 13/20 et Atelier Totori 15/20.

Vous croyez encore que je radote? Les chiffres sont là :

God Eater :

  • jeuxvideo.com test 14/20, note des lecteurs 18/20

  • vgchartz test non testé, note des lecteurs 8.8/10

  • gamespot test 7.5/10, note des lecteurs 8.4/10

  • IGN test 6.5/10, note des lecteurs 7.7/10

  • Metacritic 71/100, note des lecteurs 8.3/10

Hyperdimension Neptune :

  • jeuxvideo.com test 7/20, note des lecteurs 14/20

  • vgchartz test 6.4/10, note des lecteurs 8.1/10

  • gamespot test 3/10, note des lecteurs 7.5/10

  • IGN test 6/10, note des lecteurs 6.7/10

  • Metacritic 45/100, note des lecteurs 8.2/10

Trinity Universe :

  • jeuxvideo.com test 11/20, note des lecteurs 14/20

  • vgchartz test 6/10, note des lecteurs 7.7/10

  • gamespot test 7/10, note des lecteurs 7.9/10

  • IGN non testé, note des lecteurs 7.8/10

  • Metacritic 62/100, note des lecteurs 8.1/10

Atelier Rorona :

  • jeuxvideo.com test 14/20, note des lecteurs 16/20

  • vgchartz test 7/10, note des lecteurs 7.1/10

  • gamespot test 6/10, note des lecteurs 7.7/10

  • IGN test 5/10, note des lecteurs 8.2/10

  • Metacritic 65/100, note des lecteurs 6.9/10

Quand la presse est aussi loin de l’avis du public, y’a pas un problème?

La conclusion, pour ma part, est fort simple : les tests de jeux vidéos, au même titre que le jeu de basket de la Megadrive, appartiennent au passé. Notre génération commence à travailler et à gagner sa croûte, ce qui laisse amplement les moyens d’acheter 1 ou 2 jeux par mois. Bien sûr nous serons déçus plus d’une fois, mais le marché de l’occaz’ est là pour ça, et nous connaissons nos goûts et nos préférences bien mieux qu’un obscur testeur obnubilé par sa deadline. Celui-ci n’a d’ailleurs probablement pas le même avis que vous et peut donc être un très mauvais conseil, vous faisant du même coup louper un jeu que vous auriez adoré. La critique n’a pas de vérité établie, ni de recette infaillible, elle n’est qu’opinions : le vôtre, le leur, elles se valent. J’ai donc maintenant la certitude absolue que suivre mes envies me sera en moyenne bien plus profitable que le diktat de journalistes qui uniformisent le jeux vidéo tout autant que les grands éditeurs qui les subventionnent.

Une réponse à “Le journalisme jeux vidéo est-il encore crédible?

  1. Bonjour, (ou bonsoir c’est selon),

    Étant moi-même fan de J-RPG, j’ai beaucoup aimé votre article sur la situation actuelle de la presse vidéoludique.

    Par contre les solutions proposées semblent surtout s’adresser aux initiés du genre. Une personne s’y connaissant peu, ou pas en jeux-vidéos, préfèrera se rendre sur des sites plus connus, et se laisser guider, plutôt que de se forger son propre avis.

    Il reste à soulever que Gamekult.com à descendu en flamme Atelier Totori (4/10) dans un test clairement orienté anti-jrpg où le testeur semble n’avoir strictement rien compris au but rechercher par ce rpg.

    On dirait presque qu’il s’agit d’une mode parmi ces journalistes » de critiquer ainsi les jeux venus d’Orient. Il suffit de voir les news de jv.com sur Ar Tonelico Qoga et Hyperdimension pour s’en convaincre…

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