L’étrange univers du rating des jeux vidéos

C’est un fait, les agences de notation (financières) n’ont pas la cote en ce moment, surtout qu’elles ennuient beaucoup des personnalités politiques de premier plan comme Nicolas Sarkozy ou Barack Obama. Les organismes de rating de jeux vidéos ne sont guère plus appréciées, quoique Barack Obama et Nicolas Sarkozy s’en fichent probablement pas mal. Leurs décisions qui vont du contestable à l’illogique n’aident pas, en plus du mépris dont ils font parfois preuve vis-à-vis d’une culture qu’ils sont censés accompagner. Voici les trois principales et leur échelle de notation :

Pan European Game Information (PEGI) – Europe

Entertainment Software Rating Board (ESRB) – Etats-Unis

Computer Entertainment Rating Organization (CERO) – Japon

Voyons maintenant les différentes catégories.

Pour tous :

C’est là que vous retrouverez les Marios et autres jeux de noobs, la seule violence représentée consistant en des lancers de lapins crétins. Le site PEGI indique que 49% des jeux publiés appartiennent à cette catégorie, mais curieusement, seuls trois titres de ma (fort importante) collection en font partie. Ces derniers étant Pokémon, Gran Turismo 5 et… Wipeout!

7 et 10 ans :

Cette catégorie n’existe pas au Japon, où le «pour tous» va jusqu’à 12 ans. En occident, elle caractérise des jeux appropriés aux enfants mais où figure déjà une légère violence.

12 et 13 ans :

Cette catégorie regroupe la plupart des JRPG, dans lesquels la violence existe mais sous forme peu réaliste. Cette catégorie sanctionne également les références à caractère faiblement sexuel.

15 et 16 ans :

Appliquée lorsque la représentation de la violence s’approche de la réalité ou quand les allusions sexuelles se font plus explicites. Cette catégorie n’existe pas aux Etats-Unis, où le rating «ados» couvre de 13 à 17 ans. La présence de sang, de jeux d’argent ou de drogue est rédhibitoire.

17-18 ans :

Rating attribué aux jeux dont la violence représentée est identique à celle que l’on peut voir dans la réalité, où la violence est délibérément gratuite et/ou choquante. Des références sexuelles trop appuyées ou un langage manifestement grossier font aussi lourdement pencher la balance. Seuls 4% des productions tombent dans cette catégorie, mais ce sont aussi les plus en vue dans l’industrie du jeu vidéo et les plus mentionnés par la presse spécialisée.

Les catégories «spéciales» :

Le 18+ américain et le Z japonais signalent des jeux théoriquement interdits à la vente pour les moins de 18 ans. Un tel rating est rarissime : à ma connaissance, seuls Deus Ex Human Revolution (!?) et la version non-censurée de No More Heroes sont classées Z.

Des différences troublantes :

Ces organismes ne sont pas toujours d’accord et cela reflète la perception de la violence ou du sexe propre à chaque pays. Ainsi Atelier Rorona & Totori, pourtant considérés «pour tous» au Japon, sont suffisamment suggestifs pour que l’occident ne les recommande qu’à partir de 12 ans. Final Fantasy XIII est 12+ au Japon et aux Etats-Unis, tandis que les européens ont considéré que la violence du jeu était trop réaliste pour tout personne en-dessous de 16 ans. Les Etats-Unis comme le Japon ont classé le sulfureux AR Tonelico 3 III 15-17 ans, mais le flot d’images dont le caractère sexuel est à peine voilé n’a visiblement pas gêné le PEGI que le recommande à partir de 12 ans.

Des concordances éloquentes :

Tous ces organismes vont le diront : la guerre, c’est pas bien! La seule vue d’un soldat avec une arme réelle conduit directement à un rating 18+. De manière assez pittoresque, la plupart de ces pays qui décrient de manière unanime les « jeux de guerre » sont engagés, souvent de leur propre initiative, sur des théâtres d’opérations militaires à l’étranger. Il est amusant de constater que les trois plus gros lancements de jeux en termes de chiffre d’affaires sont respectivement Black Ops, Modern Warfare 2 et GTAIV, tous trois 18+.

Anomalies :

On l’a vu, les agences de rating sanctionnent durement toute référence à la guerre. Pourtant, le prochain Ace Combat est classé 16+. Ce jeu vous met dans la peau d’un pilote d’avion, qui certes n’a jamais besoin de sortir son fusil d’assaut, mais qui se trouve dans le cadre d’une guerre non moins réaliste. Il est vrai qu’il est plus facile de se procurer une Kalachnikov au noir qu’un F-16, mais bon…

En ce qui concerne Wipeout, en plus du fait qu’il est injouable pour un môme de 3 ans, le jeu offre la possibilité de balancer des missiles sur vos concurrents (toutes les 30 secondes en fait), ce qui contrevient clairement aux conditions de la catégorie «pour tous».

La série Metal Gear Solid est étrangement notée : Metal Gear Solid 2&3 sont 16+, mais Metal Gear Solid 4 et Peacewalker sont 18+, alors rien ne ressemble plus à Metal Gear qu’un autre Metal Gear… Plus drôle encore, Metal Gear Solid Subsistance est 18+ alors que ce jeu n’est en fait que… la version remasterisée de Metal Gear Solid 3! Cela montre une chose : plus le temps passe, moins il y a de tolérance, et plus la notation se radicalise.

L’exemple instructif de la série Final Fantasy :

Les anciens FF sont tous 7+, ceux de l’ère PSone 12+. Les derniers en date (FFXII, FFXIII et Crisis Core) en revanche, grimpent à 16+! Autrement dit, plus les consoles évoluent, plus l’aspect graphique se renforce, plus la violence à l’écran paraît réelle, conduisant à un rating plus élevé ! La seule exception étant Final Fantasy VIII, classé 16+ quand FFVII et FFIX sont 12+, ceci étant probablement dû à la coupure que Seifer inflige à Squall dans la cinématique de début (on voit du sang couler mon dieu!). A ce train-là, Final Fantasy XVIII sera classé 18!

Au final, on s’aperçoit que le rating n’est ni plus ni moins que la vision que la société d’aujourd’hui vis-à-vis du jeux vidéo : au nom d’une société conviviale et apaisée, il faudrait troquer d’intenses sessions de Modern Warfare 2 pour un Mario Kart en famille, de longues heures de bonheur sur Parasite Eve 3 pour 10 minutes de Wii Fit par jour. Les jeux au contenu «violent» ou «sexuel» sont mis au banc des accusés tandis les marios et autres party-game sont largement favorisés, le tout pour tenter de contenir un tant soit peu l’éclatement de la cellule familiale. Il déjà trop tard : le fossé générationnel, technologique et culturel est infranchissable. La génération d’aujourd’hui, confrontés au mépris de leurs aînés cramponnés aux codes du 20e siècle et de plus largement démissionnaires sur ces plans, à déjà fait ses valises.

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