Le JRPG : une économie soviétisante?

Depuis Final Fantasy VII, les RPGs ont à chaque fois placé la barre plus haut. Techniquement, commercialement, scénaristiquement, musicalement, on montait toujours d’un cran. Cependant, cette progression est invariablement couplée à celle des coûts de développement. Le hic, c’est la croissance des ventes n’est pas aussi rapide, lorsqu’elle a seulement lieu. Le nombre d’adeptes du JRPG a beau avoir fortement cru en 10 ans, cette tendance n’est pas infinie et tend même à s’inverser.

Au Japon, 1er marché pour les JRPGs, l’économie du jeu vidéo se contracte depuis plusieurs années (-25% en 2008, -14% en 2009). L’évolution démographique de l’archipel en est une des causes, avec une part des jeunes dans la société qui ne cesse de décroître. Les nombre de rôlistes semble baisser encore plus vite, avec de grandes séries qui plongent au fil des générations : Valkyrie Profile (-40%), Dissidia (-50%), Star Ocean (-40%), Final Fantasy (-50%). En occident, SquareEnix et ses confrères ont cherché a compenser ce déclin en localisant leurs jeux. Mais dernièrement, ils se sont heurtés à la concurrence du RPG occidental qui connaît une progression exponentielle avec des séries comme Mass Effect, Fallout, Fable ou the Elder Scrolls. Réunissant des millions de rôlistes, ces titres bénéficient également des faveurs de la presse, qui se désintéresse de plus en plus des productions de l’archipel. Le dernier problème est le piratage. Un seul exemple : Final Fantasy Dissidia, qui s’est vendu à 2 millions d’exemplaires à travers le monde, a été téléchargé 5 millions de fois. Je vous laisse calculer le manque à gagner…

Or il faut garder à l’esprit que les éditeurs nippons ont, comme toute société, besoin de produire bénéfices pour vivre. Étant bien conscients que les chiffres de ventes n’atteindront pas les niveaux de Call of Duty, ils n’ont plus que deux solutions pour faire face : dépenser moins ou vendre plus cher.

La première méthode consiste donc à baisser les coûts : gel de la progression graphique (Hyperdimension Neptune et Atelier Rorona ne sont techniquement même pas au niveau PS2), réutilisation d’éléments des épisodes précédents (Valkyria Chronicles 3, FFXIII-2), suspension des traductions (Dissidia Duodecim, Parasite Eve 3, Tactics Ogre, Trinity Universe, AR Tonelico et tous les Valkyria Chronicles) ou portage pur et simple comme pour Tales of Graces qui s’est retrouvé sur PS3 avec une réalisation Wiiesque, voila les principales économies faites sur le développement des jeux. Dans certains cas, les développeurs font même un immense bond en arrière pour assurer ses marges, faisant au passage table rase des traditions. La série Dragon Quest, en passant de la PS2 a la DS à l’occasion du 9e épisode, en est l’exemple le plus symptomatique. Valkyrie Profile a fait le même trajet, mais contrairement à DQIX qui est un succès mondial, il s’est cassé les dents.

En revanche, l’augmentation du prix n’est pas évidente à première vue. Ce serait même plutôt le contraire : des titres comme Atelier Rorona, AR Tonelico, Hyperdimension Neptune ou Star Ocean 4 étaient proposés neufs à 50-60 euros, moins cher que les 70 euros exigés pour le blockbuster moyen. On pourrait considérer que la multiplication des éditions collector plus ou moins riches est une hausse déguisée des prix, mais c’est une pratique assez ancienne qui du reste n’est plus propre au JRPG. Non, cette augmentation est bien là, mais vous ne la voyez pas. Trois lettres : DLC. Voila le modèle économique qui est en train de transformer l’industrie comme jamais. La pratique est encore peu répandue dans nos contrées, mais le PSN japonais contient déjà des dizaines et des dizaines de pages de contenu additionnel, la section consacrée à Hyperdimension Neptune faisant presque la taille du PSN européen. Le récent Valkyria Chronicles 3 n’est pas en reste et propose déjà des DLC pour une valeur quasiment équivalente au prix du jeu lui-même! Oubliez les rapports alarmistes sur l’augmentation du prix des pâtes ou du café, l’inflation que connaît le JRPG balaye très largement tout cela.

Mais attendez une seconde! J’ai l’impression d’en avoir cité deux fois… Diantre! Les éditeurs auraient-ils poussé le vice jusqu’à jouer sur les deux leviers en même temps? Vous l’aurez compris, les gestionnaires japonais ne perdent pas le nord.

Est-ce là la Perestroïka du JRPG? Le genre est-il le grand homme malade de l’industrie vidéo-ludique, condamné à rester un marché de niche soutenu à bout de bras par l’investissement grandissant des fans de la première heure?

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