Le Monde déclare le jeu vidéo japonais en état de mort cérébrale

Si vous avez l’application du journal Le Monde sur votre Iphone, vous êtes peut-être tombés hier soir sur cet article. Il ne fait en réalité que reprendre une polémique qui agite l’archipel et le monde du jeu vidéo en général depuis un an, à savoir la perte de vitesse du marché japonais et la crise au sein des grands développeurs nippons. Le problème c’est que comme souvent dans la presse généraliste, ils en parlent sans analyse approfondie, en additionnant les tweets, les rumeurs et les impressions générales. Pas étonnant qu’on veuille leur piquer leurs ordinateurs… Comme les commentaires sont réservés aux abonnés de leur site (dont je ne ferai probablement pas partie), je n’ai d’autre choix que de leur répondre indirectement par mon blog.

Tout n’est pas faux évidemment. La baisse de revenu du marche intérieur japonais est réelle, tout comme le problème démographique. C’est sur les détails que le journal est approximatif voire se trompe. Par exemple, il est vrai que la PS3 se vend moins que la PS2 à son époque, mais sur quatre ans ce n’était pas 21 millions et du reste il faut garder a l’esprit que la PS3 fait face a une concurrence bien plus rude que la PS2 qui accueillait 90% des softs en exclusivité.

Sur Final Fantasy XIII, l’analyse aussi mensongère qu’erronée. Déjà, FFXIII n’a pas déçu, il a au pire divisé, ce qui n’est pas la même chose. En fait, la série divise les fans depuis FFVIII, il y a plus de dix ans (y a-t-il seulement un épisode de la série qui n’ait pas suscité de polémique?), mais elle a toujours autant de succès. En additionnant les ventes mondiales sur PS3 et Xbox360 (respectivement 4 350 000 et 1 610 000), le treizième épisode est déjà en moins d’un an sur le marché le 4e Final Fantasy le plus vendu devant FFXII. Si FFXIII est le symbole de la crise cette industrie, je dirais que ça va pas trop mal. Si les ventes japonaises de la série sont en perte de vitesse depuis FFIX (comme quoi ça ne date pas de cette génération de consoles), les ventes en occident ont en revanche énormément progressé, signe d’une «occidentalisation» réussie de la part du jeu. Si le jeu avait été vraiment perçu comme une «simulation de couloir», aurait-il pu vraiment avoir ce succès? Le Monde, par l’intermédiaire de Edge (magazine pas franchement favorable à FF de prime abord), parle des 1 860 000 exemplaires de FFXIII vendus au Japon comme d’un «maximum». En rapportant cela au nombre de PS3 au Japon, cela fait 33% de la userbase. C’est un chiffre titanesque! Pour comparaison, FFVII c’est 18% de la userbase PS1, FFX 13% de la userbase PS2.

Que dire du préjugé selon lequel les jeux japonais seraient linéaires par nature, je les renvoie à la longue histoire du RPG japonais, à Zelda, à Metal Gear Solid… ll n’est pas plus vrai que «traditionnellement, les jeux japonais proviennent de l’arcade». Cela concerne au mieux les jeux de baston comme Tekken ou Street Fighter et les jeux de tir comme Time Crisis. Il est vrai que ces jeux se vendent moins que lors de la génération précédente, mais ils sont toujours des références dans ces domaines.

Sur Dragon Quest IX là encore, Le Monde est mal informé. Premièrement, DQIX n’a pas été développé par Nintendo (rédigé ainsi, l’article peut donner cette impression) mais par SquareEnix, et est un jeu de rôle, genre qui quelques lignes plus haut a du mal à se renouveler. Dragon Quest IX doit son succès à la renommée de la série au Japon. Leur explication par l’aspect communautaire est complètement bancal car Nintendo surfe avant tout sur la défiance des parents vis-à-vis des jeux vidéo : en voyant que des jeux comme Call of Duty ou GTA devenir extrêmement populaire auprès des joueurs, ces derniers sont rassurés de pouvoir installer leur marmaille devant Wii Party. Après, si Nintendo a réussi à placer quatre de ses jeux dans le top 5 dans ventes françaises, c’est parce que sur Wii la concurrence est inexistante. Sur PS3 et 360, deux consoles qui visent le même public, le catalogue est plus fourni est plus varié que sur la console de Nintendo. Sur Wii, seuls les jeux Nintendo bénéficient d’une grosse promotion : ils sont donc les seuls à être visibles vis-à-vis des acheteurs, d’où des ventes maximales. Sur les consoles HD, la vaste majorité des jeux n’ont les moyens d’une campagne de pub TV, quand celle-ci n’est pas carrément illégale. En conséquence, des jeux comme Medal of Honor ou Atelier Rorona ne doivent leur succès qu’à leurs qualités propres, relayées par la communauté des joueurs. Enfin, le total des ventes ne fait pas le succès d’une entreprise et l’industrie du jeu vidéo en est l’illustration : malgré le succès insolent de ses deux consoles, Nintendo a affiché une perte de plus de 2 milliards de yens sur le premier semestre 2010 quand dans le même temps SCE a gagné presque 7 milliards de yens sur le 2e trimestre et la division jeux de Microsoft 382 millions de dollars, également sur la période de juillet à septembre. A la médiocrité des jeux et aux pratiques marketing démagogiques, Nintendo ajoute la mauvaise gestion.

Et puis si les développeurs japonais sont en si piteux état, comment expliquer l’immense succès de la série Professeur Layton? Comment se fait-il que l’attente si soit si grande autour de Gran Turismo 5? Pourquoi Pokemon fait-il un carton à chaque épisode? Pourquoi un jeu tiré de l’univers de Naruto est-il dans le top 50 européen? Tout simplement parce que le jeu vidéo japonais est toujours aussi présent chez lui comme chez nous, mais il doit faire avec la concurrence de studios occidentaux qui progressent très vite sur ce marché très porteur.

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